Mil et une la suite – 122 – Le pianiste d’Alicia

Miletune

Alicia était là comme chaque jour depuis une semaine, après l’école. Il avait plu, une pluie orageuse qui avait laissé quelques flaques qui amusaient les enfants surtout les plus petits. Autour de lui, les passants vaquaient à leurs occupations ; certains pressés faisaient fi des trottoirs glissants d’autres prenaient leur temps et musardaient leur cabas à la main contemplant les vitrines qui à cette heure du jour commençaient à s’allumer. Lui, il ne voyait rien. Il était pris par la musique ; il la vivait au point d’oublier qu’il était installé devant un bistrot, qu’il faisait la manche pour gagner trois sous. Il jouait jouait jouait malgré l’humidité de son blouson malgré ce piano droit qui n’avait rien à voir avec son piano de concert.

Ah ! les concerts, il se souvenait de son rêve. Il s’était vu à Pleyel ou Berlin ou Carnagy Hall. Il se souvenait de Diane, violoniste avec qui il voulait monter un duo et en attendant ils s’étaient mariés et très vite Alicia était venue au monde, un bébé qu’il adorait. Mais rien de tout cela. Alors qu’il était promis à un avenir de concertiste brillant, un stupide accident, un bras brisé et le pouce broyé avait mis fin à sa carrière. Il s’imposa une rééducation longue et difficile pour récupérer de la dextérité, rééducation durant laquelle Diane le quitta emmenant Alicia avec elle, pour s’installer en Suisse, auprès de ses propres parents pendant qu’elle parcourait le monde avec les plus prestigieux orchestres.

Malgré son courage jamais il ne put revenir à un niveau international.

Maintenant il vivotait de quelques cours de musique et pour assurer un petit complément il était là le soir et essayait de faire connaître la musique, la grande musique.

Et puis un jour, Diane, revenue s’installer dans cette grande ville, l’avait aperçu. Elle en  avait été bouleversée et les remords se réveillèrent. Elle avait alors confié à Alicia que cet homme était son père. Bien sûr elle lui avait racontée quelques histoires à propos de lui mais les mots étaient un peu évasifs. Diane ne put empêcher sa fille de se rendre chaque jour rencontrer ce père qu’elle ne connaissait pas encore.

Voilà pourquoi Alicia calée comme le tronc d’un platane, venait l’écouter, l’entendre subjuguée par ses mains qui couraient qui caressaient les touches comme le souffle de la  brise.

Elle sait qu’il la voit. Sait-il qui elle est ? Osera-t-elle lui parler ? Moi je crois que oui.

Mil et une la suite – 118 – logorallye

Miletune

le concert

Les spectateurs étaient installés, les oreilles largement déployées, l’attention était à son comble.
Dans la vieille forteresse, ainsi nommée car la vieille église était bâtie avec les pierres du château moyen âge, huit compères sexagénaire au demeurant, amis comme cochon depuis la maternelle avait organisé un concert pour la saint Sylvestre. Ils étaient fins prêts.
L’idée, aussi sotte que grenue, avait germé dans l’esprit de Jean alors qu’il écoutait la fantaisie de Schubert, tandis qu’il tournait la sauce tomate bolognaise avec sa cuillère en bois transformée pour l’occasion en baguette de chef d’orchestre.
Contactés, les sept autres énergumènes avaient de suite souscrit à la proposition de Jean, histoire de s’amuser.
Ou mais quels instruments ? et où ? Mais bon sang mais c’est bien sûr, la vieille église un vrai palais pour l’acoustique. Et puis cela lui redorerai le blason, la remettrait au centre du village. On ne va pas se mentir, la messe n’est plus ce qu’elle était ; elle ne fait plus recette. Depuis longtemps les curés sont des baladins itinérants qui colportent la bonne parole de village en village.
Bon le lieu trouvé, quels instruments. Nos compères sont une équipe de bras cassés qui, s’ils entendent la musique ne savent pas l’interpréter. Et puis quelle œuvre ?
Le boléro ? la fantaisie de Schubert ? Ah non s’écrièrent en chœur Anatase, Fuschia et Zozine. Le 31 décembre c’est le « beau Danube bleu » ou bien la « Marche de Radetzky »
Protestation d’Urbain et timoléon qui préféraient le concerto pour violoncelle de Saint Saëns ! Finalement c’est Jean qui en chef d’orchestre eu le dernier mot. Il choisit un œuvre de Poulenc en hommage au petit poulain né la nuit dernière et baptisé Francis.
Dans la sacristie, on dégotta une vieille harpe bien désaccordée mais qui ferait l’affaire.
A vingt heures pétantes : Jean, baguette en main accueillit les musiciens en son palais musical
Procule lui ne sachant que siffler avait attrapé le sifflet ultrason ce qui fit venir le chien Dodo qui aboya joyeusement.
Fuchsia arriva avec une casserole et une louche en cuivre et tapa généreusement imaginant la tête de son époux volage.
Eubiote égrena quelques notes aigrelettes à la harpe qui eut envie de sortir de ses gonds (harpe à gonds) bien sûr.
Quant à Zozine, elle étala sa collection de verres plus ou moins rempli d’eau actionnée de quelques goutte eau de Javel pour imaginer qu’elle était bénite et tapotait sur le faux cristal avec fourchette et couteau.
Timoléon se déclara ténor e fut accompagné d’Anatase en chœur.

Sans aucun doute un orchestre naquit cette nuit là !

Mil et une la suite – 117 – l’orange

Miletune

la romance de l’orange et du couteau

Dans une cuisine baignée par la lueur dorée du matin, un couteau aiguisé à la lame scintillante reposait sur le plan de travail. Il était fier, robuste, mais portait en son cœur de métal une solitude qu’aucune coupe ne pouvait trancher, comme une ceinture invisible le serrant de l’intérieur. À côté de lui, dans une assiette de fine porcelaine de Limoges, se trouvait une orange à la peau lisse et vibrante, un soleil miniature capturant la lumière. Elle était ronde, douce et débordante de jus et de mystères.

Le couteau l’observait, fasciné. « Quelle créature radieuse », pensait-il. Mais il savait que leur destin était cruel : il était conçu pour la couper, pour déchirer sa peau et révéler son intérieur juteux. Une part de lui en frémissait, entre l’excitation de la découverte et la culpabilité de ce qu’il était sur le point de faire.

L’orange, de son côté, sentait le regard du couteau. Elle avait entendu des histoires dans le bol, des murmures sur ce qu’il faisait aux siens. Pourtant, elle était intriguée. Sa présence était froide, tranchante, mais il y avait dans cet éclat argenté une sorte de beauté brutale qu’elle ne pouvait ignorer.

Un jour, le couteau trouva le courage de lui parler.

— Orange, douce sphère solaire, je suis fasciné par toi. Mais je crains que notre rencontre ne soit que destruction.

L’orange, touchée par cette confession, répondit doucement :

— Couteau, noble lame, je sais quel est ton rôle. Mais peut-être que dans la déchirure, il y a aussi une vérité, une union que nous ne comprenons pas encore.

Le couteau frissonna. « Union », murmura-t-il. Et alors, avec une délicatesse infinie, il entama sa danse. Il effleura la peau de l’orange, traça des courbes qui révélèrent la pulpe lumineuse en dessous. L’orange se sentit vulnérable, mais étrangement vivante, comme si chaque entaille lui donnait une voix qu’elle n’avait jamais eue.

Quand enfin l’orange fut ouverte, son parfum emplit l’air, envahissant la cuisine d’une douce chaleur. Le couteau contempla son œuvre, bouleversé par la beauté qu’il avait révélée mais aussi par le sacrifice qu’elle représentait.

— Merci, murmura l’orange. Maintenant, je suis partagée, mais je suis plus que ce que j’étais.

Le couteau ne répondit pas, mais il sut qu’en cet instant fugace, ils avaient partagé quelque chose d’unique. Une union dans l’acte, une éphémère étincelle de complicité dans la grande tragédie de leur existence.

Et ainsi, dans la cuisine baignée de lumière, le couteau et l’orange trouvèrent leur propre forme d’amour — poignante, douce, et pleine de sens.

Mil et une la suite – 114 – l’épicerie

Miletune

la boutique des souvenirs

Oh la vitrine ! je me souviens bien de cette petite boutique de mon petit village de vacances.

C’est le cœur battant que je regarde cette peinture verte pipi qui autrefois m’attirait le regard bien avant de pénétrer dans cette vaste pièce qui regorgeait. Les étagères croulaient sous les bocaux en verre remplis de bonbons colorés. Ah ils nous attendaient les bonbons ! Avec les copines nous nous débrouillons toujours pour nous échapper à la surveillance où trouvions divers prétextes pour nous donner rendez-vous devant la borne qui indiquait le lieu-dit. Peu nous importait des efforts que nous devions déployer pour grimper la pente raide avec nos vieux vélos dont les freins laissaient à désirer.

Chaque fois que je pénétrais dans la boutique, la seule du village, une bouffée d’odeurs et de saveurs me prenait la gorge, le nez, les oreilles. Oui, oui les oreilles car le tictac du vieux coucou en bois bruissait dès l’ouverture de la porte. L’odeur forte du tabac, ce poison réservé aux « grands » dominait l’air un peu vicié. Puis j’identifiais tour à tour, le parfum de l’eau de Cologne à la lavande qui stagnait dans des petits tonneaux, l’odeur de la javel et autres produits de lessives. Ensuite les épices me caressaient les nez ; un peu poivrées aromatisées de thym et romarin. Dès que j’avais fait quelques pas, les cageots de salades et de légumes se mettaient en travers du passage et enfin derrière la banque vitrée réfrigérée, les fromages de chèvres made in village exhalait leurs effluves rivalisant avec le jambon qui trônait sur la machine à découper manuelle attendant que des tranches soient débitées. Ma grand-mère, complice de nos échappées me commandait toujours deux ou trois tranches. Elles étaient épaisses et rugueuses ; rien à voir avec les feuilles de papier à cigarette de nos super- marchés.

Je me souviens qu’un jour, avoir été missionnée pour des courses. Bière, limonade, vin etc. J’avais mis les bouteilles dans mon panier attaché avec un sandow sur le porte bagage de mon biclou. Bien sûr catastrophe. Je me suis retrouvée comme Perrette…

Aujourd’hui, je contemple cette devanture. Si les plaques de publicité sont restées, si les chats du coin sont toujours là s’accrochant au rideau anti mouche, il ne reste que des souvenirs d’enfants ; de cette enfance pas toujours joyeuse mais qui attrapait des moments de bonheur.

Mil et une la suite – sujet 96- La femme du boulanger

Miletune

Gertrude pestait, verte de rage. Depuis une semaine, elle était seule dans le fournil ; pourtant elle était au four et au moulin. Paulo, son cher et tendre (enfin tendre c’est vite dit) avait pris la poudre d’escampette avec la Josy, la vendeuse, enfin vendeuse du genre à faire sauter les croissants en balançant ses fesses de droite à gauche comme une meule de foin. Son énergie ne dépassait pas trois sur l’échelle de Richter. Mais que diable avait-elle trouvé à mon vieux crouton ; il ne donnait plus dans la jeunesse, la fraicheur l’avait déserté depuis déjà pas mal de temps.

Ah zut, fit Gertrude en ramassant le pain d’enzymes qu’elle venait de lâcher. Faudra pas s’étonner si la fermentation n’est pas parfaite ; pas de mie aérée et de croûte bien dorée. Et de surcroît, elle allait devoir refaire le pâton des pizzas.

Elle fredonna une chanson tandis qu’elle déversait la farine dans le pétrin. Soudain, elle vit arriver le Dédé, compagnon de la Josy. Il marchait d’un pas décidé ! Quel fléau ce type, beau garçon mais le crâne vide. Bon je ne vais quand même pas lui dire que sa Josy s’est barrée, partie à l’aventure avec mon mec ; il serait bien capable de jouer avec ses muscles et transformer le magasin en ring de catch. Je vais lui conseiller de mettre sa force à pétrir au moins je gagnerais du temps.

Mais non le bellâtre, clope au bec, me lança un sourire narquois aux lèvres et passa son chemin. Vraiment les mecs on ne peut pas compter sur eux.   

Mil et une la suite – sujet 95 – le diner râteau

Miletune

Le dîner râteau

Imaginez un individu, disons un certain Procule, se pavanant dans sa cuisine, bonnet de chef vissé sur la tête et tablier impeccable. Il s’apprête à concocter un festin digne des plus grands rois, un plat si exquis qu’il en ferait pleurer les anges.

Procule travaille dur, découpant, hachant, mijotant avec une frénésie digne d’un maestro. Les parfums alléchants envahissent la maisonnée, titillant les narines , attisant les papilles et aiguisant les appétits. Enfin, après des heures d’un labeur acharné, le plat est prêt. Procule, fier de son œuvre, le présente à ses convives, le visage rayonnant de satisfaction. Les invités, impressionnés par la présentation soignée, s’empressent de goûter. Clin d’œil fier à tous ces pique-assiettes comme signifier sa certitude d’être le meilleur et digne de sa toque !

Mais quelle ne fut pas leur surprise ! La première bouchée est un assaut gustatif dévastateur, une explosion de saveurs désagréables qui fait grimacer les visages. Le plat de Procule, loin d’être un chef-d’œuvre, est un véritable cauchemar culinaire. Il est désemparé ; voit son ambition gastronomique s’effondrer en un instant. Son ambition démesurée l’a aveuglé, lui faisant oublier les bases fondamentales de la cuisine. Son repas, censé le consacrer roi des fourneaux, se transforme en une cuisante défaite.

Pour couronner le tout, face aux regards interrogateurs et aux critiques acerbes de ses invités, Procule, incapable de justifier son fiasco, en est réduit à avaler sa langue, muet d’embarras et de honte. Pauvre Il vient de prendre le râteau de sa vie.

Moralité de l’histoire : il ne suffit pas de travailler d’arrache-pied et d’être tiré à quatre épingles pour réussir. Il faut aussi avoir du talent et, surtout, ne pas manger son chapeau avant l’heure !


Mil et une la suite – sujet 92 – en huit

Miletune


Dans le cabinet d’un psychanalyste renommé que je ne nommerai pas souci de discrétion , un huit  insolent danse et trône fièrement sur le divan, défiant toute logique et exigeant que monsieur Freud vienne faire son office. Le thérapeute, visiblement contrarié, tente en vain de convaincre son patient de s’allonger. Celui-ci, depuis plus de huit heures, lui oppose une résistance déterminée. 

– Non je ne m’allongerai pas ! Nous n’en finirons jamais ! 

De guerre lasse le psy sort de ses gonds :  

– « Écoutez, mon cher huit, je comprends que vous cherchiez l’infini dans vos pensées, mais vraiment, le divan n’est pas extensible à l’infini lui-même ! » s’exclame-t-il, les mains agitées dans un geste d’impuissance. Vous allez griller les ressorts ! 

– Le patient Huit, un sourire malicieux aux lèvres, semble déterminé à le contredire : 

–  « Docteur, ne voyez-vous pas ? inutile de couper les cheveux en huit ! C’est la nature de l’infinité que je recherche. Même ce divan, dans son refus obstiné, tente de m’enseigner quelque chose sur les limites de la perception humaine ! » 

Entre infini et pragmatisme que choisiriez-vous ? Voilà un dialogue ! Improbable !  Entre humour et réflexion sur la nature de l’infini, Moi simple huit je défie les lois  de la gravité et de la psychanalyse.

Mil et une la suite – sujet 91 –

Miletune

Au-delà d’une clairière boisée, le soleil dardait ses rayons sur une barrière en bois perchoir privilégié d’un moineau malicieux, ses petites pattes agrippant chaque latte avec une assurance presque arrogante.

Un corbeau, perché non loin, avait du mal à se remettre d’un sale tour qu’un renard venait de lui jouer. Il était vexé comme un pou, dépouillé d’une proie de choix. Intrigué par la posture du moineau, il décida de s’approcher, espérant peut-être trouver une opportunité de se divertir.

  • « Bonjour, cher moineau, » dit le corbeau d’une voix grave et riche en malice. « Que fais-tu là-haut sur cette barrière, si loin du sol ; tu gobes les mouches ? »

Le moineau répondit avec un sourire espiègle :

  •  « Oh, cher corbeau, je me délecte de la vue splendide depuis mon perchoir. Voyez-vous, chaque latte de cette barrière est comme un trône pour moi, offrant une perspective unique sur le monde qui m’entoure. »

Le corbeau, un peu surpris par la réponse du moineau, ne put s’empêcher de rire.

  • « Mais enfin, cher moineau, te sens-tu vraiment comme un roi là-haut ? N’oublie pas que tu n’es un tout petit moineau qu’une simple pichenette ferait tomber.  Le moineau grinça du bec avec nonchalance.
  • « Ah, mais cher corbeau, la taille n’est pas tout ! C’est l’attitude qui compte. Regardez-vous, tout majestueux sur votre branche. On pourrait croire que vous êtes le roi des cieux, mais je sais bien que vous n’êtes qu’un simple corbeau. Mon pauvre ami, j’ai tout vu, gros ou pas, le goupil t’a berné et franchement je kiffe encore le tableau.

Le corbeau, amusé par l’audace du moineau, décida de jouer le jeu.

  • « Peut-être as-tu raison, cher moineau. Peut-être que la grandeur réside dans l’attitude plutôt que dans la taille. Mais n’oublie pas, même le plus petit des oiseaux peut être victime de sa propre vanité. »

Juste à ce moment, le renard émergea des buissons avoisinants, le fameux fromage dans sa gueule..  Il observa la scène avec un sourire en coin.

  • « Ah, mes amis, que vois-je ici ? » dit le renard d’une voix mielleuse.  Mon beau phénix des bois qui se prend pour un roi et un moineau rieur qui se pavane. Mais dites-moi, cher corbeau, vous n’avez pas eu le temps de goûter au délicieux du fromage  » ? Venez donc je suis d’humeur à partager !

Le renard sourit de plus belle. 

  • « Oui venez, vous êtes un oiseau si noble, si majestueux, que vous méritez bien ce délice. »

Le corbeau, flatté encore une fois par les paroles du renard, fit un vol plané, ouvrit son bec pour croquer le morceau de fromage. Le renard lâcha immédiatement le fromage et s’empara du corbeau.

Le moineau, observant la scène depuis sa barrière, ne put s’empêcher de pouffer de rire. « Ah, cher corbeau, » dit-il en secouant la tête, « la vanité peut parfois nous jouer de vilains tours. »


photo personnelle

Mil et une la suite – sujet 90 – logorallye

Miletune

inspiré de mon voyage au Chili – île de Pâques


Imaginons l’immensité bleue de l’océan Pacifique, là où les vagues dansent au rythme du vent, se trouve une île mystérieuse et envoûtante : l’île de Pâques. C’est là que mon chemin m’a mené, sur les traces des anciens habitants qui ont laissé derrière eux un héritage aussi primitif que fascinant. Là, je me suis retrouvée face à d’énormes statues de pierre, les célèbres moaïs, qui semblent contempler l’horizon infini depuis des siècles. Chaque moaï portait aux commissures des lèvres  une question silencieuse, un mystère enfoui sous des couches de légendes et de mythes.

Alors que mes pas me conduisaient de plateforme en plateforme, plus loin, j’ai découvert des grottes dissimulées dans le sol rocailleux de l’île. À l’intérieur, l’obscurité régnait en maître, mais j’ai senti mon cœur battre plus fort à chaque pas, comme si chaque trou dans la roche renfermait un secret ancestral. À mesure que la nuit enveloppait l’île de son manteau sombre, j’ai contemplé le ciel étoilé, émerveillé par la célébrité des constellations qui scintillaient au-dessus de moi. Assis sur un rocher, le vent caressant ma peau, j’ai ressenti une connexion profonde avec cette terre lointaine et mystique.

Le lendemain, au lever du soleil, j’ai rejoint une communauté locale pour assister à une cérémonie traditionnelle. Les chants et les danses résonnaient dans l’air, emplissant mon cœur d’une joie indescriptible. Et c’est là, au son du rythme envoûtant du swing des danseurs, que j’ai compris que mon voyage sur l’île de Pâques était bien plus qu’une simple aventure.  C’était un voyage intérieur, une exploration de l’âme et de l’histoire de ces lieux sacrés.

photo personnelle

Mil et une la suite – sujet 88 – Lisette

Miletune

Il pleut depuis des jours et des jours ! Noémie s’ennuie, elle ne sait plus quoi faire. Elle a fait le tour de la pâte à modeler, des cubes avec des images du Petit Chaperon rouge, De la Belle au bois dormant et des trois petits cochons, de la maison forestière que son frère dans sa grande bonté lui a prêtée. Maintenant elle regarde la pluie qui ruisselle sur les vitres. Elle a bien dessiné des bonshommes sur les carreaux ainsi que des souris et des chats ; tant pis si elle se fait gourmander !  Elle a épuisé tous les livres documentaires celui des orchidées et des loups lui a bien plu ; elle les connait par cœur. Elle n’ignore plus rien des orobanches et les oryctéropes d’Afrique.

Soudain une idée germe. Et si elle grimpait au grenier ! Parfum d’antan.  Il y a de la poussière qui la fait un peu tousser ; des toiles d’araignées, d’ailleurs elle reste bouche bée : elle contemple une petite velue noire qui tisse des rayons tenus de filaments brillants. Noémie explore des cartons, des livres des vieux tissus. Un bouquin épais lui tend les bras enfin plutôt ses pages. La voilà assise par terre feuillant ce lourd machin. Un feuillet s’échappe puis deux puis trois etc… Des planches légèrement cartonnées sont répandues sur le sol ; un gros titre en lettres majuscules l’interpelle :

HABILLE LISETTE

Lisette en jupon blanc à petits froufrous l’invite à jouer. C’est bien plus rigolo que ses poupées habituelles et que cette idiote de Barbie rose bonbon qui pleurniche après son Ken infidèle !

  • Mets mon chapeau à fleurs Noémie
  • Ah non, je préfère la petite charlotte jaune à pois noirs
  • Cela ne me va pas au teint, je suis rousse. Pense bien à refermer la languette sinon je serai toute nue
  • Tu préfères la robe de mamie celle avec le tablier blanc des gâteaux au chocolat ?
  • Non je veux la robe écossaise bleu et vert. Attention mon col se décroche, tu n’as pas bien découpe la silhouette

Le temps s’est écoulé. La pluie a cessé momentanément. Sa mère l’appelle. C’est l’heure du goûter !

Ah aller patauger dans les flaques avec son ciré rouge ! Mais demain elle reviendra habiller Lisette