Les plumes d’Asphodèle chez Soène – 8- mai

Soène

Chronique d’un dimanche de « génie »

Une petite tranche de vie rocambolesque où la poésie du XVIIIe siècle se cogne joyeusement au monde moderne.

Tout commença par un marivaudage numérique sur une application de rencontre. J’essayais de séduire une certaine « Éléonore » avec l’esprit d’un courtisan, mais mon téléphone, d’un âge canonique, décida de rendre l’âme au moment crucial.

Face à l’écran noir, j’ai tenté un bidouillage de l’extrême : un trombone, un peu de gomme à mâcher et une prière. Mauvaise idée. Non seulement le téléphone n’a pas redémarré, mais il a commencé à fumer en émettant un petit sifflement sarcastique. Apparemment, la technologie n’est pas mon apanage.

J’ai donc dû me résoudre à utiliser l’ordinateur de mon grand-père, un véritable héritage de l’époque de la guerre froide, pour lui envoyer un message d’excuse. En attendant que la page se charge (à la vitesse d’un escargot asthmatique), j’ai observé le paysage par la fenêtre : un voisin tentait de garer sa caravane dans un espace plus petit qu’une boîte à chaussures. Spectacle fascinant.

Soudain, un personnage haut en couleur a surgi dans ma chambre : mon petit frère, déguisé en Yoda pour une raison qui m’échappe encore. D’un air solennel, il me lâcha ce vieil adage totalement déplacé :

« À l’œuvre, on connaît l’artisan, mais au court-circuit, on reconnaît le crétin. »

Puis, redevenant sage le temps d’une seconde, il me tendit son propre smartphone dernier cri. Résultat : j’ai pu conclure mon rendez-vous, mais Éléonore pense maintenant que je parle couramment le langage « Wesh » à cause de l’auto correcteur de mon frère.

La technologie, c’est vraiment un naufrage, peu importe l’époque.

Les plumes d’Asphodèle chez Soène – 7- avril

Soène

La Tragédie du Gringalet
Sur le trottoir d’en face, un triste gringalet,
Fringuant comme un dimanche mais sec comme un valet,
Guettait avec ferveur une jeune coquette
Qui lissait ses cheveux, perchée sur sa cagette.

Elle avait l’œil malin et une longue couette,
Dessinant dans le soir une fine silhouette.
Lui, pauvre freluquet au costume étriqué,
Espérait un regard, un sourire piqué.

Mais soudain surgit l’ombre d’une camionnette,
Conduite par un type au profil de marionnette.
Il en sortit un mouflet, garnement de haut vol,
Qui glissa une savonnette au beau milieu du sol.

« Attention ! » cria l’un, mais le piège était prêt,
C’était l’entourloupette au succès garanti.

Notre amoureux glissa, fit un saut de forêt,
Et finit dans les choux, l’orgueil tout dévêtu.
La belle rit si fort qu’elle en perdit sa couette,
Laissant le freluquet… seul avec sa brouette.

Les plumes d’Asphodèle chez Soène – 6 – Mars

Soène

Virée d’Outre-Tombe

C’était un mardi, un jour de hasard total où tout a déraillé. Je marchais tranquillement quand j’ai vu débouler Marcel, mon voisin, au guidon de sa mobylette en ruine. Le type se prend pour un motard de l’apocalypse alors que son engin fait le bruit d’un mixeur en fin de vie.

Derrière lui, attaché avec de la ficelle de rôti, suivait un corbillard qu’il avait racheté aux enchères pour « faire des économies de déménagement ». À l’intérieur, pas de cercueil, mais son clébard, un bouledogue asthmatique nommé « Pompon », qui affichait une mine blafarde à force de respirer les gaz d’échappement.

Soudain, Marcel pile sec devant une boulangerie. — « Alors, on est en tard pour le goûter ? » lui ai-je lancé avec l’esprit d’un type qui n’a rien d’autre à faire. — « Tais-toi ! » a-t-il hurlé. « On m’a dit qu’ils vendaient une tarte à la crème capable de guérir la calvitie ! »

J’ai soupiré. Encore un bobard dégoté sur un forum obscur. Mais Marcel n’en a cure : il s’en tamponne le coquillard de la logique. Il est entré dans la boutique avec autant d’égard pour la file d’attente qu’un taureau dans un magasin de porcelaine, bousculant trois mémés et un livreur de journaux.

Cinq minutes plus tard, il ressortait, triomphant, une pâtisserie à la main, prêt à conquérir le monde… ou au moins à repeindre l’intérieur de son véhicule funéraire.

Les plumes d’Asphodèle chez Soène 2

Pardon pour le retard j’ai eu une journée très chargée et j’ai oublié de programmer.

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Le poème des attitudes

Dans un club plein d’initiative,
On voulait être plus coopératif,
Mais Paul devint vite agressif,
Et Léa resta là, dubitative.

Jean, d’un regard admiratif,
Fixait Mireille, lascive, pensif.
Elle soupira d’un ton passif :
— Quelle étrange tentative !

Le chef, d’un air définitif,
Déclara : « Stop à ce collectif !
Trop d’émotions, trop de pif,
C’est fatigant, c’est explosif ! »

Et depuis, dans ce coin coopératif,
On médite en silence… passif-agressif.

Avec le sourire