Les plumes d’Asphodèle chez Soène – 8- mai

Soène

Chronique d’un dimanche de « génie »

Une petite tranche de vie rocambolesque où la poésie du XVIIIe siècle se cogne joyeusement au monde moderne.

Tout commença par un marivaudage numérique sur une application de rencontre. J’essayais de séduire une certaine « Éléonore » avec l’esprit d’un courtisan, mais mon téléphone, d’un âge canonique, décida de rendre l’âme au moment crucial.

Face à l’écran noir, j’ai tenté un bidouillage de l’extrême : un trombone, un peu de gomme à mâcher et une prière. Mauvaise idée. Non seulement le téléphone n’a pas redémarré, mais il a commencé à fumer en émettant un petit sifflement sarcastique. Apparemment, la technologie n’est pas mon apanage.

J’ai donc dû me résoudre à utiliser l’ordinateur de mon grand-père, un véritable héritage de l’époque de la guerre froide, pour lui envoyer un message d’excuse. En attendant que la page se charge (à la vitesse d’un escargot asthmatique), j’ai observé le paysage par la fenêtre : un voisin tentait de garer sa caravane dans un espace plus petit qu’une boîte à chaussures. Spectacle fascinant.

Soudain, un personnage haut en couleur a surgi dans ma chambre : mon petit frère, déguisé en Yoda pour une raison qui m’échappe encore. D’un air solennel, il me lâcha ce vieil adage totalement déplacé :

« À l’œuvre, on connaît l’artisan, mais au court-circuit, on reconnaît le crétin. »

Puis, redevenant sage le temps d’une seconde, il me tendit son propre smartphone dernier cri. Résultat : j’ai pu conclure mon rendez-vous, mais Éléonore pense maintenant que je parle couramment le langage « Wesh » à cause de l’auto correcteur de mon frère.

La technologie, c’est vraiment un naufrage, peu importe l’époque.

Le mot mystère – les textes 41- Haguinettes

La Quête des Chanteurs de Haguinette

Dans le froid de janvier, la colline semblait hantée par les échos d’une chanson médiévale. Un groupe d’enfants, bravant la bise qui passait en huant sous les toits de chaume, parcourait le village pour réclamer la haguinette.

Parmi eux, un jeune garçon d’origine haïtienne, nouvellement arrivé dans le hameau, découvrait avec émerveillement cette coutume. Pour ces petits chanteurs, aucune haine ne résistait à la chaleur des foyers qui s’ouvraient. Ils s’arrêtèrent devant une bâtisse à la haute façade de pierre où vivait un vieil homme ayant dépassé la huitante.

Malgré son âge, le vieillard ne restait pas inerte ; on l’entendait parfois qui s’activait dans sa cour, là où les ouvriers hient le sol pour stabiliser le chemin. Il sortit sur le seuil, un sourire aux lèvres. Dans sa main, pas de bijoux ni de hantite extraite de la terre, mais de simples brioches et quelques pièces de monnaie. En tendant ces étrennes, il perpétuait le geste sacré de la haguinette, transformant ce premier jour de l’année en un pont entre les générations.

et chez vous
CovixLoin des haguignettes
Elealaureen
FrançoisLa tradition des haguignettes
Ecrisdelle
JazzyHuitante ou quatre vingts ?
Jill BillMalentendante mal entendu
Marie SylvieLA MARCHE DE LA HAGUIGNETTE 
Martine martin Haguignettes
TortueLes huitante hutinets de Hengist
ZazaDans le pays de Caux…

A tout bientôt

Le mot mystère 42- le mot

tirage 42 -11 lettres – nom féminin

définition :

C’est le Graal des chorales et le cauchemar des solistes qui veulent se distinguer.
Je suis l’état où plusieurs voix n’en forment plus qu’une seule. Sans être un accord, je suis l’identité parfaite du son. Quand tout le monde chante la même note au même instant, c’est ma loi que l’on suit.

A vos dicos et pensez à mettre un titre à votre texte si vous pouvez bien sûr

écrire un texte avec les mots trouvés et cerise sur le gâteau en rapport avec le mot mystère

Défi du 20 – Si j’étais… une heure de la journée

et si j’étais 5 heures du matin

Si je devais me glisser dans la peau d’une heure de la journée, je choisirais sans hésiter cet instant suspendu de 5 heures du matin. Je serais cette heure fragile, coincée entre le dernier rêve et le premier café, là où le monde n’est encore qu’une promesse silencieuse.

À cette heure-là, la ville m’appartient enfin. Je serais le bleu profond qui hésite à devenir gris, cette nuance que les peintres appellent l’heure bleue, quand la lumière n’est pas encore une agression mais un murmure. Je serais le témoin privilégié de la solitude magnifique : celle de l’écrivain qui finit son chapitre, celle de l’insomniaque qui trouve enfin la paix, ou celle du boulanger dont les mains pétrissent l’aurore.

Pourquoi 5 heures du matin ?

  • Le silence absolu : Je serais cette parenthèse où le brouhaha des moteurs est remplacé par le chant des premiers oiseaux.
  • L’honnêteté : À cette heure, personne ne porte de masque. On est soit terriblement fatigué, soit incroyablement lucide.
  • Le potentiel : Je ne suis pas encore gâchée par les rendez-vous manqués ou le stress du quotidien. Je suis une page blanche.

Je serais la fraîcheur qui pique les joues et qui rappelle qu’on est vivant. Les rues seraient mes veines, encore vides de tout jugement. Dans mon sillage, je laisserais une odeur de rosée et de terre humide, offrant à ceux qui me croisent le sentiment d’être les seuls gardiens de la Terre.

Être 5 heures du matin, c’est posséder le luxe suprême : le temps avant le temps. Je ne serais pas l’heure de la performance, mais celle de la présence pure. Un moment de grâce où l’on peut simplement respirer, avant que le soleil ne vienne imposer ses ombres et ses exigences. Je serais le secret le mieux gardé de la rotation terrestre, une invitation à recommencer, chaque jour, dans la douceur d’un monde qui s’éveille à peine.

Défi du samedi – 919- Stramoine

Dans le jardin de ce vieux moine,
Poussait une étrange stramoine.
Elle avait l’air d’un grand patrimoine,
Mais sentait fort le vieux babouin.

Un rat musqué, nommé Antoine,
Voulut en faire son avoine.
Il devint fou comme une pivoine,
En s’imaginant roi de Pologne.

Ne jouez pas les fier-à-bras, Sidoine,
Avec cette herbe de Pantoine.
Sinon, pour sauver votre bouille,
Il faudra appeler le chanoine !

Le mot mystère – les textes 40- Lécythiophilie

La Trouvaille des Trois Curieux

Lilith, Lucie et Léophile s’étaient rencontrés sur les bancs du lycée, unis par une passion singulière que Léophile nommait avec fierté : la lecythiophilie. Pour lui, chaque flacon de parfum ancien était un trésor, une petite architecture de verre.

Cet après-midi-là, ils exploraient un sous-bois humide à la recherche de spécimens naturels pour décorer les étagères de sa collection. Lilith, armée d’une loupe, examinait chaque détail de l’écorce. Elle finit par débusquer une lépiote élevée, un champignon au chapeau écaillé qui semblait monter la garde près d’un vieux muret. Juste à côté, sur une pierre calcaire, s’épanouissait une plante lithophile, s’agrippant au rocher comme si elle voulait en extraire la vie.

« Regardez ! » s’exclama Lucie en désignant une petite cavité dans une souche pourrie, une sorte de locule naturel où s’était logée une lucilie. La mouche aux reflets métalliques brillait comme un bijou, rivalisant d’éclat avec une luciole endormie qui attendait le crépuscule pour s’illuminer.

Pour reprendre des forces, les trois amis partagèrent un litchi juteux dont le parfum sucré rappela immédiatement à Léophile les notes de tête d’un de ses flacons préférés. « Est-ce bien licite de ramasser tout ça ? » demanda Lilith en riant, alors qu’ils glissaient leurs trouvailles dans leurs poches.

Léophile sourit : dans leur monde de lécythiophiles et de naturalistes en herbe, chaque fragment de forêt avait la valeur d’une essence rare.


et chez vous
Covix
Elealaureen
François
Ecrisdelle
Jazzy
Jill Bill
Marie Sylvie
Martine martin
Tortue
Zaza

A tout bientôt

Le mot mystère 41- le mot

Je viens de vérifier l’orthographe et je modifie car j’ai trouvé le mot avec deux orthographes je rajoute un G et un S car le pluriel donne plus de mots.

tirage 41 -12 lettres – nom féminin pluriel

définition :

très ancienne tradition normande désignant les étrennes que sollicitaient les enfants allant chanter de porte en porte au Jour de l’an. Elles désignent aussi traditionnellement la part des pauvres à la Chandeleur dans le pays de Caux.

A vos dicos et pensez à mettre un titre à votre texte si vous pouvez bien sûr

écrire un texte avec les mots trouvés et cerise sur le gâteau en rapport avec le mot mystère

Défi du samedi – 917- Questionnaire

Il existe, quelque part entre deux clics et trois soupirs, une créature étrange : le questionnaire. On ne le voit pas venir. Il attend. Tapi dans l’ombre d’un “Merci pour votre achat”, dissimulé derrière un innocent “Cela ne prendra que 2 minutes”. Mensonge délicieux. Promesse fragile. Car le questionnaire, lui, n’a pas de notion du temps — seulement celle de l’insistance.

On commence confiant.
“Sur une échelle de 1 à 10, comment évalueriez-vous votre expérience ?”
On hésite. 7 ? 8 ? Et déjà, le piège se referme. Car à peine a-t-on répondu qu’il enchaîne, insatiable :
“Pourquoi pas 9 ?”

Pire encore “Sur une échelle de 1 à 10, comment évalueriez-vous votre douleur, ” Comme si celle-ci était quantifiable ; sans compter que les médocs ne vous seront pas plus dosés. Vous comprenez Madame un doliprane c’est toutes les six heures !

Comme si le bonheur devait toujours se justifier de ne pas être parfait.

Alors il creuse. Il dissèque. Il soupçonne.
“Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez ?”
Peut-être.
“Qu’aurions-nous pu améliorer ?”
La météo, le sens de la vie, mon café de ce matin ?

Le questionnaire devient poète malgré lui, inventeur d’absurde.
“Vous êtes-vous senti émotionnellement compris lors de votre interaction avec notre service automatisé ?”
Oui, bien sûr. Nous avons pleuré ensemble. Lui en code binaire, moi en silence.

Et plus on avance, plus il s’allonge. Hydra numérique : une question coupée, trois repoussent. Il veut tout savoir, tout comprendre, tout réduire à des chiffres bien rangés, comme si l’âme humaine tenait dans une case “Autre (précisez)”.

Mais le plus fou, c’est peut-être notre docilité. Nous répondons. Nous cliquons. Nous notons notre propre existence par fragments : aujourd’hui, je me sens 6, peut-être 7 si le soleil revient.

Et puis, à la fin, il nous remercie. Toujours.
“Votre avis est précieux.”
Précieux, vraiment ? Alors pourquoi ai-je l’impression d’avoir confié mes pensées à un formulaire qui ne sait même pas rêver ?

Le questionnaire disparaît, repu.
Et nous, un peu plus vides, un peu plus notés, nous reprenons notre route…
jusqu’au prochain “Cela ne prendra que 2 minutes”.

Les plumes d’Asphodèle chez Soène – 7- avril

Soène

La Tragédie du Gringalet
Sur le trottoir d’en face, un triste gringalet,
Fringuant comme un dimanche mais sec comme un valet,
Guettait avec ferveur une jeune coquette
Qui lissait ses cheveux, perchée sur sa cagette.

Elle avait l’œil malin et une longue couette,
Dessinant dans le soir une fine silhouette.
Lui, pauvre freluquet au costume étriqué,
Espérait un regard, un sourire piqué.

Mais soudain surgit l’ombre d’une camionnette,
Conduite par un type au profil de marionnette.
Il en sortit un mouflet, garnement de haut vol,
Qui glissa une savonnette au beau milieu du sol.

« Attention ! » cria l’un, mais le piège était prêt,
C’était l’entourloupette au succès garanti.

Notre amoureux glissa, fit un saut de forêt,
Et finit dans les choux, l’orgueil tout dévêtu.
La belle rit si fort qu’elle en perdit sa couette,
Laissant le freluquet… seul avec sa brouette.

Le mot mystère – les textes 39- Rhabdomancienne

La Brigade de la Baguette

Calliope n’était pas une retraitée comme les autres. Ancienne rhabdomancienne de la fonction publique, elle avait troqué son pendulette contre une branche de noisetier nerveuse. Elle avançait sur le chemin poussiéreux, flanquée de sa troupe de parias, fuyant une vie de servitude pour devenir intermittente du spectacle.

Le Casting

  • La Chienne : Une vieille bâtarde à l’oreille tombante qui, plutôt que de chasser le lièvre, préférait mâcher du chardon pour s’éclaircir la voix.
  • Le Canari : Un oiseau rescapé d’un coup de grisou, persuadé d’être la réincarnation d’un ténor italien.
  • Le Camion : Bon, faute d’âne, ils avaient trouvé un vieux Tub Citroën poussif qui faisait office de percussionniste grâce à son pot d’échappement percé.

L’Incident de la Cabane

Alors que la nuit tombait, la petite troupe repéra une cabane isolée. À travers la fenêtre, Calliope vit une bande de brigands attablés devant un festin. « Regardez-moi ces combinardes ! » s’exclama-t-elle, rangeant son pendulette de sourcier dans sa poche. « Ils se goinfrent en manigançant leurs mauvais coups, alors que nous avons l’estomac qui bat la chamade ! » Le plan fut simple :

Le plan fut simple :

  1. Le camion pétarada un coup de starter apocalyptique.
  2. La chienne hurla à la mort en mode heavy metal.
  3. Le canari balança un contre-ut si strident qu’il aurait pu fendre un diamant.
  4. Calliope, armée de sa baguette de sourcier, fit jaillir un jet d’eau croupie directement depuis la fosse septique des bandits.

La Retraite

Paniqués, les malfrats s’enfuirent en criant que la maison était condamnée par les forces de l’au-delà et un plombier vengeur.

Calliope et ses compères s’installèrent confortablement. La rhabdomancienne posa sa baguette, la chienne finit le jambon, et le canari s’endormit sur le rétroviseur du vieux véhicule. Ils n’atteignirent jamais Brême, mais pour une bande de musiciens ratés, la soupe était bien meilleure ici.


et chez vous
CovixAlice
Elealaureen
Françoisla rhabdomancienne
EcrisdelleA malin, malin et demi
JazzyCorinne et le mot mystère
Jill BillBla, bla, bla
Marie SylvieLa veilleuse des eaux profondes
Martine martin La reine des baguettes
TortueLe charme de Brice
ZazaLa baguette magique ou presque

A tout bientôt