et si j’étais 5 heures du matin
Si je devais me glisser dans la peau d’une heure de la journée, je choisirais sans hésiter cet instant suspendu de 5 heures du matin. Je serais cette heure fragile, coincée entre le dernier rêve et le premier café, là où le monde n’est encore qu’une promesse silencieuse.
À cette heure-là, la ville m’appartient enfin. Je serais le bleu profond qui hésite à devenir gris, cette nuance que les peintres appellent l’heure bleue, quand la lumière n’est pas encore une agression mais un murmure. Je serais le témoin privilégié de la solitude magnifique : celle de l’écrivain qui finit son chapitre, celle de l’insomniaque qui trouve enfin la paix, ou celle du boulanger dont les mains pétrissent l’aurore.
Pourquoi 5 heures du matin ?
- Le silence absolu : Je serais cette parenthèse où le brouhaha des moteurs est remplacé par le chant des premiers oiseaux.
- L’honnêteté : À cette heure, personne ne porte de masque. On est soit terriblement fatigué, soit incroyablement lucide.
- Le potentiel : Je ne suis pas encore gâchée par les rendez-vous manqués ou le stress du quotidien. Je suis une page blanche.
Je serais la fraîcheur qui pique les joues et qui rappelle qu’on est vivant. Les rues seraient mes veines, encore vides de tout jugement. Dans mon sillage, je laisserais une odeur de rosée et de terre humide, offrant à ceux qui me croisent le sentiment d’être les seuls gardiens de la Terre.
Être 5 heures du matin, c’est posséder le luxe suprême : le temps avant le temps. Je ne serais pas l’heure de la performance, mais celle de la présence pure. Un moment de grâce où l’on peut simplement respirer, avant que le soleil ne vienne imposer ses ombres et ses exigences. Je serais le secret le mieux gardé de la rotation terrestre, une invitation à recommencer, chaque jour, dans la douceur d’un monde qui s’éveille à peine.
