
Cette toile de Nicole Bellocq me rappelle quelque chose.
Mais à vous ?
Inspire-t-elle une histoire quelconque ?
Si oui, j’aimerais qu’elle fût close par « Alors, tu as honte de ta vieille mère ? »
J’aimerais vous lire lundi, même si « la rentrée » c’était hier…
Oui d’accord c’était pour la semaine dernière mais j’ai quand même fait le boulot M’dame Lakévio. me pardonnerez-vous ?
Souvenirs et actualités
Ah les marchés ! j’adorais quand ma mère prenait le temps de m’emmener au marché le long des quais de la Saône. Mes yeux étaient émerveillés par les couleurs, les formes particulièrement les pommes et les oranges qui tenaient en pyramides dans les casiers. Mon nez frémissait des odeurs et je sentais sur ma langue les saveurs exotiques des fruits l’été quand la saison des pêches et des abricots revenait j’étais aux anges ! Et puis il y avait la vieille maraichère qui assise marmottait toute la matinée :
« Allez de l’ail, mangez de l’ail achetez de l’ail, mangez de l’ail, achetez de l’ail », j’avais un peu honte de voir cette femme, qui survivait en vendant ces quelques bulbes !
Et puis nous passions vers l’étal de la fermière, fromages de chèvre étalés sur une planche paillée, nous disait comme si nous étions sourds : bonjour m’dame, alors cette semaine, crémeux, secs ? et avec cela vous voulez du lait dans votre berthe ? non du beurre ? Oui ! Alors, je vous coupe 500gr ? je l’ai baraté hier ! Une douzaine d’œufs mais bien sûr etc. Ma mère sortait son portemonnaie, payait au centimes près et peu importe si nous avions pris dix minutes pour faire tout cela.
Ses souvenirs affluent quand pressée pas le temps qui passe trop vite, je cours derrière un charriot, bataille à le décocher avec la pièce de 1€ (c’est cher) merde une roue est coincée et le vieux baudet part dans tous les sens sauf celui que je veux. Ensuite je m’engage dans le tourniquet, la porte devrait tourner mais elle est arrêtée par ce qu’un benêt l’a poussée, puis je cherche le rayon crémerie, où soit dit en passant je me gèle, je reste plantée un bon moment devant un rayon qui propose une douzaine de marques le beurre fait avec du lait de vache inconnue de la communauté emballé bien plié dans un papier alu coloré. Pauvre Marguerite !
Et je ne parle ni du lait… Entier, Avec vitamines, bio, allégé, sans lactose, pour nourrissons et encore il y a des promos, ni des œufs où il faut chercher la date de ponte, et vérifié qu’ils ne soient pas fêlés voire cassés et encore faire gaffe à ne pas mettre du jaune sur la robe enfilée pour mon entretien d’embauche.
Et puis ensuite, la file d’attente à la caisse où une vieille dame me dit :
Je n’ai qu’un article, je peux passer devant vous et puis vous êtes jeune vous avez le temps ; mais bien sûr le code barre ne fonctionne pas et la caisse est coincée en attendant…
Puis je sors et le chariot toujours brinqueballant, et là, catastrophe où est la voiture, dans quelle allée l’ai –je garée ?
Le tout m’a pris une heure ! Et c’est là que le cauchemar continue car j’ai oublié d’acheter l’ail !
Et découragée, au bord de l’asphyxie, je revois la vieille sous les traits de ma mère qui marmonnait : Allez de l’ail, mangez de l’ail ! Une petite voix me susurre dans l’oreille :
« Alors, tu as honte de ta vieille mère ? »