La Citrouille Rebelle (vue par le chat de la maison)
Je m’appelle Espiègle. Je suis la chatte de la maison depuis trois ans. Je peux vous dire que j’en vois des choses ; de quoi écrire un roman. J’en suis à mon troisième Halloween donc trois citrouilles. Elles sont toutes débiles. Enfin… c’est ce que je croyais.
Cette année, ils ont encore ramené une citrouille. Bien ronde, bien dodue. Elle sentait un peu la terre humide, avec un fond de verdure croquante. Appétissante, quoi. J’en ai bavé un peu. Mais non, au lieu de la cuisiner, ils l’ont mise sur la table, sorti un grand couteau… et commencé à la charcuter. Ils ont ri, ils ont creusé, ils lui ont fait des yeux tout vides, un sourire énorme. Pff. Les humains et leur sens de l’esthétique. J’ai regardé tout ça de loin, en mode « je m’en fiche mais j’observe tout ». Ils lui ont collé une bougie dedans, et hop, dehors sur le pas de la porte. Moi, je suis retourné dormir, parce que dormir c’est dans mon ADN.
Sauf que cette nuit-là… l’imprévu s’est invité à la fête !
La lueur à l’intérieur de la citrouille, d’abord douce et régulière, est devenue nerveuse puis frénétique. J’ai entendu un truc, un craquement. Oh très léger, l’oreille de mon humaine ne l’a pas capté. Puis un glouglou mouillé. Un bruit un peu… citrouillesque…. Une odeur de la chair de citrouille fraîche, mêlée à celle de la terre humide s’est répandue dans le salon. J’ai ouvert un œil. Puis les deux. J’ai vu une ombre, petite, ronde, et elle avançait vers moi.
La citrouille se déplaçait. Oui, oui. La citrouille avançait comme si elle avait des roulettes invisibles. Les entailles qui formaient ses yeux et sa bouche se sont étirées, le sourire devenant moins statique, plus… malicieux. Ses bords grattaient le parquet. Puis elle s’est mise à rouler laissant derrière elle de la pulpe gluante (mes coussinets n’ont pas apprécié). Elle a atterri sur les fesses avec un bruit mat. Et elle… elle riait. Une sorte de ricanement orange et visqueux. Je suis resté figé. Je suis un chat, pas un héros de film d’horreur. Mais bon, je tiens à mon prestige. Alors j’ai fait : Miaou (ce qui, en langage félin, traduit à peu près : « Mais qu’est-ce que tu foutaaaaaais là ?! »).
La citrouille m’a ignoré, l’insolente. Elle a foncé vers la cuisine, grimpant le long des pieds du comptoir (avec une agilité déconcertante pour une courge) et a fait tomber le bol de chocolats. Le fracas des éclats de céramique et des bonbons en vrac sur le carrelage froid a résonné dans le silence de la nuit.
Elle a roulé ensuite dans le salon, a déplacé une chaise en grinçant, sa lueur orangée vacillante n’éclairant que le bas des murs, laissant le plafond aux ombres mouvantes et inquiètes. Elle a renversé ma gamelle, s’est approchée de mon humaine, qui ronflait gentiment sur le canapé, bouche ouverte (beurk). Elle a pointé son regard lumineux vers l’étagère et a fait basculer la petite urne contenant les cendres du poisson rouge, Bubulle, mort il y a six ans ; mesquin non ? Et là… elle a fait le coup le plus bas que je n’aie jamais vu : elle a appuyé sur la télécommande du bout de sa chair molle. Boom. Télé allumée. Volume au maximum. Un film d’horreur qui démarre en pleine nuit. Mon humaine a sauté comme un ressort, a poussé un hurlement digne d’un Chihuahua hyperactif.
Moi, j’étais dans ma dignité féline, tentant d’avoir l’air de tout contrôler. Mais au fond… je flippais un peu. La citrouille a tourné vers moi ses orbites vides, a cligné (oui, CLIGNÉ) de ses trous noirs, puis s’est figée. La bougie s’est éteinte. Et tout est redevenu calme.
Les humains l’ont retrouvée aplatie le lendemain, en train de moisir comme si de rien n’était. Et devinez quoi ? Ils ont juste dit : « Ah, elle n’a pas tenu longtemps cette année. » En rangeant le tout dans un sac-poubelle. Moi… je sais la vérité. Et je vous le dis, si vous croisez une citrouille, gardez toujours un œil ouvert. Elles ont l’esprit… pulpeux.
Un joli rêve de chat mais qui sait ?
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Merci tout simplement
Rose 🌹
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Merci le chat de la maison….. 😉 je te crois, amitiés, jill
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