Mil et une – 205 – La complainte du chariot


Mil et une

Nous étions nombreux, toute une bande, à l’abri, tout de métal et de plastique, brillants comme des sous neufs. Bien rangés et stables sur nos roulettes, nous avions été acquis par des marchands qui vendaient toutes sortes de marchandises. Les cabas, paniers d’osier, sacs et filoches ne suffisaient plus. Et nous nous aimions, parce que nous nous promenions toute la journée.

Tiens, ma première sortie fut pour le rayon des surgelés. Puis vinrent un sac de vingt-cinq kilos de pommes de terre et des barils de lessive. Ensuite, tout s’est enchaîné : des bonbons aux petites culottes, en passant par les appareils ménagers, nous étions gavés.

Ah ! nous en avons fait des tours, des détours, des contours et des retours ! Parfois, il y avait des accidents, mais rien de bien méchant. Nous étions accusés de mal rouler, mais tant que personne n’était blessé… C’est vrai aussi que nous roulions n’importe comment : pas besoin de permis ! Et la vie était belle.

Que s’est-il passé ?

Maintenant, nous sommes souvent au garage. Et quand nous sortons, nous avons le ventre pas toujours très plein.
Aujourd’hui, par exemple, je suis seul devant la porte, tout nu, sans oser entrer.
Avons-nous mangé notre pain blanc ?

Un commentaire sur « Mil et une – 205 – La complainte du chariot »

  1. Une très jolie façon d’exprimer la vie chère et oui, les chariots se remplissent moins et un peu plus souvent en faisant attention à la liste !

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