voici ce que Durgalola nous propose …
Pour ce prochain défi, je vous propose d’écrire une histoire, un témoignage, une poésie sur un ou plusieurs animaux, petits, grands, sauvages, domestiques. Qu’il(s) soi(en)t le personnage principal, et au début de votre texte, mettez une citation relative aux animaux.
A choisir aussi d’inclure un des deux mots (nouveautés Robert 2026) suivants : pelleteux de nuages (personne qui perd son temps à échafauder des projets irréalisables) ou mon gâté (ou ma gâtée) (terme d’affection employé pour s’adresser à une personne que l’on aime d’amour ou d’amitié).

Neige
Pour beaucoup d’entre nous, ce mot évoque les plaisirs de la montagne, du ski, des sports de glisse extrêmes ; pour les enfants, le bonheur de faire des bonhommes de neige et de réciter le poème de Prévert. Pour d’autres, c’est l’hiver, le froid, les journées courtes et les risques d’accidents de la route. Je fais partie de cette catégorie de personnes qui n’aime pas la neige… jusqu’à ce jour.
Je venais de perdre mon Milord, mon Milord adoré, âgé de presque quinze ans. Je ne l’avais pas laissé souffrir ; j’étais triste. Je le cherchais un peu partout, je regardais son collier pendu au crochet derrière la porte. Je revoyais ses bonds de joie quand nous partions en balade. Il me manquait. Peut-être qu’au paradis des chiens tu t’occupes à veiller sur mes souvenirs.
Neige… Tu es arrivée quinze jours après le départ de Milord. Neige, c’était doux, un mot qui glissait sur les lèvres quand on le prononçait. Pas de syllabes gutturales. C’était tendre, tout comme toi. Neige, j’étais allée te chercher au chenil… Déjà, Milord avait été adopté.
Neige, tu sautais contre le grillage de ta cage. Tu tendais le museau à travers les barreaux. Tu étais pleine de tonus, pleine de vie et pourtant tu n’aboyais pas comme tes autres comparses. Tu ne me léchais pas la main, tu ne savais pas faire des bisous aux humains, mais ton regard et le don de ta patte emportaient la décision. Je t’ai emmenée.
Tu avais déjà six ans et toute une vie de blessures derrière toi. Après dressage et, sans doute, maltraitance, on t’avait « perdue » quelque part. Tu étais à peine adulte que déjà on te conduisait dans un refuge. Sans puce, sans tatouage, tu avais rejoint, on ne savait pourquoi, le groupe des vieux chiens, des malades, des handicapés qui n’étaient plus adoptables. Une association t’a sauvée de l’euthanasie et t’a baptisé Neige : toute blanche ou presque ; tu ressemblais au chien de Charlot dans Une vie de chien.
Sauvée, oui, mais remise en chenil, dans un autre, puis un autre, et encore un… jusqu’à ce que je te trouve. Cinq ans de prison. C’était dur pour une jeune chienne.
Neige, tu découvrais que l’on pouvait se promener autrement qu’avec une laisse. Tu aimais vagabonder, tu aimais courir. Tu t’amusais à poursuivre les chevreuils avant d’abandonner la partie. Tu revenais la langue pendante mais heureuse. Tu n’aimais pas les chats, mais tu étais agile comme une chèvre, au point de sauter les murs autour de la maison. Tu étais aussi douce que du coton ou de la soie. Tu étais devenue ma gâtée calinette, celle à qui je parlais comme on parle à un enfant, celle que je protégeais autant qu’elle me protégeait.
Tu avais appris à aimer les hommes, à leur faire confiance, mais tu gardais au fond de toi la peur de l’abandon. Tu ne me suivais pas à pas, comme si tu faisais un travail, celui dont tu t’étais investie : me protéger. Tu avais toujours aussi peur quand le tonnerre faisait entendre ses roulements terribles ; tu te réfugiais dans mes bras, tu t’accrochais à moi comme une naufragée. Tu avais même, une fois, réussi à grimper sur mes épaules comme un chat l’aurait fait.
Toi aussi, tu es partie il y a quatre ans ; tu avais dix-neuf ans !
Je te fais des infidélités, toi qui détestais les chats. J’ai adopté Thaïs, une petite chatte des rues. Mais mon amour ne se partage pas comme un gâteau : les parts se rajoutent à chaque fois.
Histoire vraie et vécue.









