En vos mots 984 – Mars


Lali

Mars. Enfin.

Elle reste debout, comme si s’asseoir risquait de rompre l’équilibre fragile qui la tient encore droite. La lettre tremble légèrement entre ses doigts — à peine, presque imperceptiblement — mais assez pour trahir l’orage silencieux qui l’habite. La lumière de la fin d’hiver glisse par la fenêtre et vient se poser sur le papier, comme pour en souligner chaque mot, comme si le soleil lui-même voulait confirmer que tout cela est vrai.

Mars. Enfin.

Depuis des semaines — des mois peut-être — elle attendait. Les jours s’étaient succédé avec la lenteur grise des saisons froides, pareils les uns aux autres. Le silence était devenu une présence, un compagnon lourd et discret. Et puis ce matin, le bruit bref de la boîte aux lettres, presque anodin. Un battement de cœur suspendu.

Elle relit une phrase. Puis une autre. Elle ne sourit pas encore. L’espoir est une chose délicate : on le touche avec prudence, comme une porcelaine fine qu’un geste trop brusque pourrait briser. Ses épaules restent droites, mais sous le châle clair, on devine la tension, la retenue.

Dehors, les branches près de la fenêtre portent déjà les premiers bourgeons. Rien d’éclatant encore, rien d’affirmé. Juste la promesse.

Mars, enfin.
Ce n’est peut-être qu’une date écrite en haut d’une page.
Mais pour elle, c’est un passage.
Une porte entrouverte.
Un retour possible.

Elle ferme un instant les yeux.
Cette fois, le printemps pourrait tenir parole.

Un commentaire sur « En vos mots 984 – Mars »

  1. Une lettre de son amoureux, au lointain, au front, possible ou bien autre chose, un retour espéré, ça la tient de tout son être….. joli !

    PS Vu passer le mot mystère, nom…. masculin non féminin…. 😉 bonne nuit, jill

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