
Trois heures que je suis accroupie dans la suie, et franchement, j’ai les genoux en miettes. Le chef m’avait dit : « Fais-nous un truc spirituel, qui claque, pour la cérémonie de demain. » Résultat ? Je me bats avec une paroi calcaire qui a décidé de boire tout mon charbon de bois.
Regardez-moi ce désastre. Le premier cheval à gauche a une tête de poney dépressif. Je voulais lui donner un air majestueux, il a juste l’air de se demander s’il a éteint le feu de camp avant de partir. Et les rhinocéros… Parlons en. J’ai complètement loupé la perspective du deuxième. On dirait qu’il essaie de doubler l’autre par la droite dans un embouteillage de mammouths. C’est lourd, c’est pataud, ça manque cruellement de finesse. Et puis, cette idée de génie de superposer dix lions au même endroit… Qu’est-ce qui m’a pris ? On dirait un tas de chats qui se disputent une place au soleil, l’agressivité en plus. Le clan va encore crier au génie mystique, s’extasier sur « l’énergie brute de la meute » alors que j’ai juste essayé de cacher un raté sur une corne de bison.
Le pire, c’est la lumière. Avec cette satanée lampe à graisse qui fume, j’ai l’impression de peindre avec des moufles. Si ça se trouve, dans vingt mille ans, des types vont analyser ça avec des technologies de pointe en se demandant quel rituel chamanique se cache derrière mon coup de pinceau. Si seulement ils savaient que j’avais juste hâte de finir pour aller manger mon steak de renne et me coucher… Une chose est sûre, demain, je signe de ma main droite en bas de la fresque, et je pose un congé sabbatique.
J’adore ! Ce ne devait pas être facile tous les jours à l’époque ce qui ne les empêchait pas de faire des merveilles !
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