
Vous cherchez une voiture pour le rallye ? J’ai exactement ce qu’il vous faut !
Le vendeur me désigne fièrement la voiture garée devant le garage.
Je reste un moment silencieux.
— Celle-là ?
— Celle-là même !
Je regarde encore. Une longue carrosserie gris-vert, des phares ronds, des enjoliveurs chromés… Elle semble tout droit sortie d’un vieux film. À côté des bolides modernes, bardés d’électronique, de caméras et de chevaux sous le capot, elle a surtout l’air d’avoir envie de prendre tranquillement sa retraite.
— Vous êtes certain qu’elle peut encore faire un rallye en 2026 ?
Le vendeur sourit.
— Monsieur, vous commettez une erreur classique : vous confondez âge et expérience.
Il ouvre la portière avec la solennité d’un chirurgien présentant son meilleur instrument.
— Regardez-moi cette ligne ! Et cette suspension hydraulique ! Une merveille. Aujourd’hui, les voitures modernes vous préviennent quand vous sortez de votre voie. Celle-ci, elle vous emmène directement où vous voulez aller !
— Mais enfin, elle doit avoir plus de soixante ans !
— Et alors ? Vous croyez que les pilotes regardent leur carte d’identité avant de prendre le départ ?
Il se penche vers moi.
— Cette voiture a déjà fait ses preuves en rallye. Elle a gagné le Monte-Carlo. Elle a affronté la neige, la glace, les routes de montagne… Elle n’a peur de rien.
Je regarde les pneus.
— Même avec ceux-là ?
— Évidemment ! Enfin… avec quelques petites modifications.
— Lesquelles ?
Il hésite une seconde.
— Des pneus.
Silence.
— Des freins, peut-être.
Nouveau silence.
— Et éventuellement… un moteur un peu plus performant.
Je commence à comprendre.
— Donc, si je résume, pour participer au rallye 2026, il faudrait changer les pneus, les freins et le moteur ?
— Pas du tout ! Le moteur, c’est une question de confort.
Il referme le capot avec un sourire satisfait.
— Et puis pensez à l’avantage psychologique.
— Psychologique ?
— Imaginez les autres concurrents. Ils arrivent avec leurs voitures ultramodernes, leurs ordinateurs, leurs suspensions pilotées et leurs dizaines de boutons sur le volant. Et vous, vous arrivez avec ça.
Il tape affectueusement sur le toit.
— Ils vont tellement vous prendre pour un plaisantin qu’ils vont vous laisser passer !
Je regarde une dernière fois la DS.
Après tout… elle a gagné le Monte-Carlo.
Mais c’était en 1959.
— Bon, dis-je, combien vous la vendez ?
Le vendeur sourit.
— Pour vous ? Une affaire. Et je vous offre même le manuel d’entretien.