Défi du samedi – 931- Tisseurs de vide


Sous le chapiteau, le monde semble s’effacer. Il ne reste qu’un souffle, une lumière, et deux rubans de soie rouge qui descendent du ciel comme un chemin vers l’inconnu.

Peu à peu, les corps s’abandonnent. Ils glissent, se renversent, se balancent. On ne sait plus très bien où commence la terre, où finit le ciel. Suspendues dans leur écrin de velours écarlate, les deux artistes dessinent un langage que les mots ne savent pas dire.

Elles ne se regardent pas, pourtant elles se répondent. Entre elles circule cette confiance invisible qui permet de défier le vide. Chaque mouvement est une respiration, chaque silence une promesse. La soie les porte autant qu’elles l’apprivoisent, et l’on oublie la prouesse pour ne voir que la grâce.

Le temps ralentit. Le public retient son souffle, comme si un geste trop brusque pouvait rompre le fragile équilibre de cet instant. Les rubans deviennent des ailes, des voiles, parfois même des cocons où l’on aimerait s’abriter quelques secondes encore.

Puis vient le retour. Lentement, les étoffes se replient, les corps redescendent vers la piste. Le rêve se dissipe sans bruit, mais il laisse au fond des regards une étrange légèreté, comme si, l’espace d’un instant, nous avions tous appris à flotter entre ciel et terre.

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