Défi du samedi – 917- Questionnaire

Il existe, quelque part entre deux clics et trois soupirs, une créature étrange : le questionnaire. On ne le voit pas venir. Il attend. Tapi dans l’ombre d’un “Merci pour votre achat”, dissimulé derrière un innocent “Cela ne prendra que 2 minutes”. Mensonge délicieux. Promesse fragile. Car le questionnaire, lui, n’a pas de notion du temps — seulement celle de l’insistance.

On commence confiant.
“Sur une échelle de 1 à 10, comment évalueriez-vous votre expérience ?”
On hésite. 7 ? 8 ? Et déjà, le piège se referme. Car à peine a-t-on répondu qu’il enchaîne, insatiable :
“Pourquoi pas 9 ?”

Pire encore “Sur une échelle de 1 à 10, comment évalueriez-vous votre douleur, ” Comme si celle-ci était quantifiable ; sans compter que les médocs ne vous seront pas plus dosés. Vous comprenez Madame un doliprane c’est toutes les six heures !

Comme si le bonheur devait toujours se justifier de ne pas être parfait.

Alors il creuse. Il dissèque. Il soupçonne.
“Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez ?”
Peut-être.
“Qu’aurions-nous pu améliorer ?”
La météo, le sens de la vie, mon café de ce matin ?

Le questionnaire devient poète malgré lui, inventeur d’absurde.
“Vous êtes-vous senti émotionnellement compris lors de votre interaction avec notre service automatisé ?”
Oui, bien sûr. Nous avons pleuré ensemble. Lui en code binaire, moi en silence.

Et plus on avance, plus il s’allonge. Hydra numérique : une question coupée, trois repoussent. Il veut tout savoir, tout comprendre, tout réduire à des chiffres bien rangés, comme si l’âme humaine tenait dans une case “Autre (précisez)”.

Mais le plus fou, c’est peut-être notre docilité. Nous répondons. Nous cliquons. Nous notons notre propre existence par fragments : aujourd’hui, je me sens 6, peut-être 7 si le soleil revient.

Et puis, à la fin, il nous remercie. Toujours.
“Votre avis est précieux.”
Précieux, vraiment ? Alors pourquoi ai-je l’impression d’avoir confié mes pensées à un formulaire qui ne sait même pas rêver ?

Le questionnaire disparaît, repu.
Et nous, un peu plus vides, un peu plus notés, nous reprenons notre route…
jusqu’au prochain “Cela ne prendra que 2 minutes”.

Défi du samedi – 916 – Palimpseste

Il va falloir gratter,
mais pas trop fort,
on ne sait jamais
si le passé est chatouilleux.

Sous cette vieille encre
qui fait semblant d’avoir tout dit,
il y a peut-être
une blague oubliée du Moyen Âge.

Un moine distrait
a peut-être écrit :
« penser à nourrir le chat »
entre deux prières très sérieuses.

Le palimpseste ricane,
il cache ses secrets
comme un vieux carnet
qui refuse d’avouer ses ratures.

Je gratte, je gratte,
et voilà qu’apparaît
une liste de courses millénaire :
pain, vin… et mystère.

Chaque couche effacée
est une couche de plus
dans le mille-feuille absurde
de nos grandes idées.

Finalement,
on n’efface jamais vraiment,
on empile,
comme des chaussettes orphelines.

Et si au fond
le sens de tout cela
était simplement
un gigantesque brouillon ?

Alors je gratte encore,
mais en riant doucement,
de peur de découvrir
que quelqu’un, avant moi, avait déjà abandonné.

Défi du 20 – Si j’étais… Une femme préhistorique

je reviens dans ce club pas fermé du défi du 20 …J’ai été inspirée pas une image que j’ai publiée sur un autre défi que je dirige ICI

et d’ailleurs vous pouvez aussi venir…

Donc comme j’ai travaillé il y a quelques semaines sur la femme préhistorique cela m’a donné des idées.

.

Si j’étais une femme préhistorique,
on dirait sans doute que je reste près du feu.

C’est vrai.
Le feu chauffe, éclaire, rassemble.
C’est un endroit stratégique.

Pendant que certains partent raconter leur courage au-delà des collines,
moi j’apprends à connaître la terre.
Je sais laquelle se fissure, laquelle résiste.
Je sais combien de temps laisser sécher une jarre pour qu’elle survive à l’hiver.

Si j’étais une femme préhistorique,
je ne brandirais peut-être pas une lance.
Mais je saurais combien de graines garder pour la saison froide.
Je reconnaîtrais les plantes qui soignent et celles qu’il vaut mieux éviter.

On me verrait assise, concentrée.
On penserait peut-être que je fais quelque chose de simple.

C’est souvent ce que l’on pense des choses essentielles.

Si j’étais une femme préhistorique,
je n’aurais pas besoin de graver mon nom sur la pierre.
Chaque pot rempli, chaque hiver traversé,
serait une signature discrète.

Et peut-être qu’un jour,
quelqu’un comprendrait que survivre
demande autant d’intelligence
que de bravoure.