Mil et une la suite – sujet 77 – bucolique

Miletune

Monsieur le préfet,

Par la présente, je tiens à porter à votre connaissance les agissements du dénommé Georges B.

Ce monsieur, au demeurant charmant et qui se trouve être votre sous-préfet, tous les dimanches se met en habit pour se rendre dans les petits patelins faire des discours que nous ne comprenons même pas. C’est ainsi que nous l’attendions dimanche dernier dans mon village… Aujourd’hui trois jours après nous l’attendons encore. Alors cette fois, Monsieur le Préfet, mon devoir de citoyen m’incite à vous informer des agissements de cet énergumène.

Oh il est bien parti dans la Renault mis à sa disposition avec le chauffeur de service. Il devait se rendre au concours régional du plus beau cochon. Ce monsieur à l’habitude d’écrire des discours enfin de faire écrire un discours, je le sais car je lui sers de « nègre ». Mais là il a voulu faire lui-même ses phrases. Vous vous doutez bien qu’il manque d’inspiration. Aussi alors qu’il faisait très chaud et après avoir légèrement abuser d’un petit rosé, il a dû s’arrêter près d’un petit bois de chênes verts, pour satisfaire à ce que vous savez, Monsieur le Préfet. Ne le voyant pas revenir, le chauffeur inquiet s’est avancé dans les fourrés et voilà ce qu’il a vu : une scène bucolique !

Le sous-préfet, ceinture du pantalon défaite, était couché au milieu d’une clairière, parlait aux oiseaux le nez dans les violettes, écoutait la source qui chantait des notes claires de conserve avec un rossignol. Et finalement somnolait au milieu de cette belle nature !

Je vous le demande, Monsieur le préfet , sont-ce des manières ?

Un ami qui vous veut du bien.

Mil et une la suite – sujet 71 – Le coup du chapeau

Miletune

Je m’baladais sur l’avenue sifflotant un air bien connu pourtant je n’étais pas sur les Champs Élysées. Quelque inconnu avait oublié ou perdu son chapeau et comme toute personne bien élevée, réflexe je shootais dedans sauf aïe aïe aïe il y avait un caillou dessous une sorte de menhir qui me broya les orteils, me fit voir trente-six chandelles et me fit choir sur le trottoir pendant que des rires fusaient et j’entendis avant de m’endormir « té encore un couillon de la lune ». Les quatre fers en l’air, à plat dos reprenant mes esprits, je vis se découpant dans le ciel une portée musicale. Des notes étaient accrochées, des croches, des doubles, des blanches et des noires. On aurait dit le début de la symphonie cinq de Beethoven. J’entendais des pom pom pom et Cram cram cram, des trompettes et des coups d’archet violent de violon : do do do ré ré mi mi fa ! Tenais-je là le début de ma composition celle que depuis plusieurs j’essayais de pondre pour mon éditeur de musique et qui me gavais. Puis les notes se déplacèrent se déformèrent et s’agglutinèrent dans un souffle de vent. Mais que venaient faire ses baskets sur ma portée.
Monsieur, entendis-je, monsieur serrez-moi la main si vous m’entendez. J’ouvris les yeux et un joli visage m’apparut, cheveux auburn voletant autour. Étais-je au paradis. Marie veillait-elle sur moi ? Elle me regardait avec un demi sourire un peu inquiet. Monsieur, vous allez-bien répéta cette voix magique. Séduit je jouait un peu les prolongations pour entendre encore cette douce voix musicale.
Enfin je me remis debout, me remis à siffler ; les notes venaient toutes seules. Enfin mon chef d’œuvre grâce à un couvre-chef mal placé !

Mil et une la suite – sujet 70 l’incipit

Miletune

Là dans le fond, près de la porte entrebâillée du salon, une mince silhouette se découpait !

Il est des journées qui commencent par un clin d’œil mais pas vraiment bienveillant ; on n’y prend pas garde mais après réflexion… c’est ce que se disait Mathilde engoncée dans les plumes de sa couette fleurie de petites violettes. Elle éternua plusieurs fois et toussa fortement ; une main douce lui tendit un mouchoir parfumé à l’eucalyptus et lui fit boire une cuillerée de sirop pour calmer ses quintes de toux. Peu à peu, Mathilde sombra dans un sommeil léger puis fut emportée dans ses souvenirs.

Hier, la journée avait mal commencé ; d’abord le réveil avait pris la liberté de sonner avec une heure de retard et il avait atterri en morceau sur la carpette. Puis Mathilde avait dû se contenter d’avaler un breuvage brun, froid et amer qui portait par erreur le nom de café, accompagné d’un vilain quignon de pain rassis. Evidemment du liquide, la moitié fut renversée sur le courrier qu’elle n’avait pas pris le temps d’ouvrir. Depuis quand n’avait-elle pas eu une vraie nuit de sommeil…une vraie avec un oreiller douillet sous sa tête ? Elle avait enchaîné garde sur garde puis encore des gardes ; manque d’effectifs ! Son téléphone de service la sortit de son humeur chagrine et elle répondit mollement à son collègue Guillaume. Elle grimaça ; elle devait se rendre dare-dare au château du Comte Jérôme de La Trémouille du Schmoll, victime dans la nuit d’un important cambriolage.

Machinalement, elle attrapa les clefs de la Citroën 007 de service et maudissant le GPS qui bien sûr ne fonctionnait pas démarra en cahotant. Après des errements et quelques erreurs d’itinéraires, elle rejoignit Guillaume, sur place depuis deux heures qui inventoriait les objets volés. Outre quelques diamants et émeraudes, on comptait des tableaux célèbres : deux Picasso, un Dali, un Pollock, un Manet, un Renoir et même une tenture ancienne au point compté. Mathilde, étouffa un bâillement en pensant que c’étaient beaucoup d’histoires et de billevesées pour des petits cailloux brillants et de vulgaires copies. Un café, un vrai aurait été le bienvenu. Soudain elle sursauta : une tenture ! Non une tapisserie de la reine Mathilde, un ouvrage prêté par le musée de Bayeux ! Un cadeau de la Reine à son mari Guillaume le Conquérant, une valeur inestimable…

Porter le prénom d’une reine valait bien un effort ! Elle oublia le café et se concentra sur l’enquête, rassembla les témoignages et ne négligea aucune piste. Au bout d’une heure, laissant la police scientifique finir leur examen, les deux collègues montèrent chacun dans leur Citroën 1313 de service. Mathilde, partie la première, s’engagea sur la route qui longeait le lac. Elle récapitulait tous les éléments de cette nouvelle enquête quand, d’un petit chemin de terre, déboucha un coupé cabriolet rutilant. Au volant, Arsène Lupin lui fit un petit signe amical ; Trop fort c’était trop fort !  Elle avait le coupable à portée de main. Alors sans tenir compte du danger, elle fit un demi-tour digne de Fangio mais hélas elle dérapa fit une embardée et la voiture s’enfonça lentement dans l’eau…

La Licorne – 88 – la fleur du mal

Filigrane

Marguerite

Marguerite

Marguerite
« Blanche fille aux cheveux roux,
Dont la robe par ses trous
Laisse voir la pauvreté
Et la beauté »
Mais quelle beauté ? T’es moche, t’es moche vraiment moche ! Tu n’es pas une fleur et pourtant je t’aime, tu es triste et sinistre et je t’aime. T’es sotte très sotte et pourtant je t’aime.
Vois-tu la vie ne t’a pas ménagée et pourtant tu ne vois pas le mal !
« Tu portes plus galamment
Qu’une reine de roman
Ses cothurnes de velours
Tes sabots lourds. »
Fallait être dingue pour te draguer tant tu es moche. T’es bête et même très bête et pourtant je t’aime
Tu n’as rien pour accrocher le regard et pourtant nous voilà accrochés.
Finalement moi aussi je suis moche, t’es cloche et je suis cloche ;
Tu m’aimes et je t’aime. D’ailleurs la Marguerite n’a plus de pétales. Nous les avons extirpés un à un. C’est bête l’amour et c’est chouette.

Le Lakévio du goût – 179ème devoir – Richard Tuschmann

Le Goût des autres

« Vous habitez près d’ici ? Lui avais-je demandé. »

« Vous habitez près d’ici ? Lui avais-je demandé. »

Elle avait répondu que son studio était à deux pas de ce bar où elle venait pour la première fois. Il faisait chaud dans sa turne et un verre lui ferait du bien. Elle était mignonne dans sa robe rouge à bretelle. Elle ressemblait à la dame en rouge à sa fenêtre de Hopper. Se cheveux roux auburn me conquirent et me firent oublier un instant Iris qui m’avait lâchement abandonné pour une espèce d’oie blanche ! Nous partîmes bras dessus bras dessous. Après nos ébats flamboyants mais sans amour, juste la passion des corps, je suis parti me rafraîchir et c’est là qu’Elle a vu. Elle venait de rajuster sa robe de soie et s’était assise sur le lit défait, pensive,  le menton négligemment posé sur  sa main à la manière de Rodin. Elle a vu que mon maillot de corps mon marcel à fine côte n’avait rien de sexy, que la ceinture de mon pantalon mal coupé, était desserrée et laissait entrevoir un début de bidou qui au fil du temps allait s’amollir. Mes ablutions lui parurent désespérantes : un tue-l ’amour ! peu de poésie dans cette soirée ; si j’avais pensé un temps remplacer Iris c’était raté. Elle faisait la bobe comme on dit Lyon pour ne pas dire la gueule. Lentement je me retourne, rien à faire ! Elle me fait comprendre que dégager serait la meilleure solution.

Je me retourne dans la rue et je tourne le dos au bar de la Mouette ! l’âme en peine non pas du tout, un râteau est un râteau et pas si râteau finalement. « Mais cet épisode était de peu d’importance dans le monde si dur et si incompréhensible où nous vivions depuis quelque temps. ».

Mil et une la suite – sujet 68- Le thé

Miletune

Les petits plaisirs

Les petits plaisirs

Une théière en porcelaine

Un petit thé bien chaud

Une chanson de mon idole Françoise Hardy « le premier bonheur du jour »

Un rire d’enfant qui vous tend les bras, le vôtre ou pas

Pour un tendre câlin

La perle de rosée sur les fleurs du jardin un matin d’été

Une tarte aux  fraises, dégustée sans complexe

Avec une amie retrouvée après des années sans se voir

Une balade avec le chien qui gambade

Un livre abandonné sur un banc comme un passage de témoin,

Un roman policier bien noir et sordide

Oui pourquoi pas ?

Un sketch de Fernand Raynaud pour pisser le rire

Oserai-je… Une belle nuit d’amour,

Comment ? Vous dites ?

Si je veux un sucre dans mon thé ?

Non merci…

Avec le sourire

Le Lakévio du goût – 178ème devoir – Aldo Balding

Le Goût des autres

La Pianiste

C’était enfin le grand jour ! Celui du concours, celui qu’elle attendait depuis tant d’années de travail et de sacrifice. Ce concerto de Brahms la subjuguait. Et pendant cette longue introduction, elle pense qu’elle a cette chance inouïe de jouer devant que dis-je devant,  avec Carlos le grand chef en vogue du moment et dont elle est éperdument amoureuse. Elle a choisi avec soin le maquillage qui mettrait en valeur son visage ovale, ses cheveux auburn et assorti à son teint légèrement hâlé.

Quant aux lunettes ; elle voudrait bien s’en passer mais elle a fait contre mauvaise fortune bon cœur et choisi ces montures légèrement arrondies et qui font briller ses yeux.  

Carlos joue de la baguette, les violons scient leur boites et Iris se prépare, Iris ne tremble plus, le menton droit, elle passe ses mains machinalement sur la soie rouge carmin qui recouvre ses cuisses pour préparer ses mains, son esprit qui envisage sa musique ;  c’est un petit rite que lui a conseillé un naturopathe.

 Iris lève la tête, plante son regard dans celui de Carlos qui lui adresse un signe discret, encourageant en retour et pose énergiquement ses doigts sur les touches. Dès la première note elle sait qu’elle a gagné.

Le Lakévio du goût – 178ème devoir – Aldo Balding

Le Goût des autres

La Pianiste

C’était enfin le grand jour ! Celui du concours, celui qu’elle attendait depuis tant d’années de travail et de sacrifice. Ce concerto de Brahms la subjuguait. Et pendant cette longue introduction, elle pense qu’elle a cette chance inouïe de jouer devant que dis-je devant,  avec Carlos le grand chef en vogue du moment et dont elle est éperdument amoureuse. Elle a choisi avec soin le maquillage qui mettrait en valeur son visage ovale, ses cheveux auburn et assorti à son teint légèrement hâlé.

Quant aux lunettes ; elle voudrait bien s’en passer mais elle a fait contre mauvaise fortune bon cœur et choisi ces montures légèrement arrondies et qui font briller ses yeux.  

Carlos joue de la baguette, les violons scient leur boites et Iris se prépare, Iris ne tremble plus, le menton droit, elle passe ses mains machinalement sur la soie rouge carmin qui recouvre ses cuisses pour préparer ses mains, son esprit qui envisage sa musique ;  c’est un petit rite que lui a conseillé un naturopathe.

 Iris lève la tête, plante son regard dans celui de Carlos qui lui adresse un signe discret, encourageant en retour et pose énergiquement ses doigts sur les touches. Dès la première note elle sait qu’elle a gagné.

Mil et une la suite – sujet 65- histoire de pomme

Miletune

Vous avez dit trognon ! Pom pom pom pom ! Le phono déverse son Beethoven comme la pluie de novembre tombe sur les toits. La pomme rescapée de Blanche Neige se mire dans la glace de la vieille sorcière. Ah mais Madame vous z’êtes trognon ! Si si trop belle ! Aussi belle qu’avant d’avoir été croquée par tous les bouts, rouge vif, rouge carmin vous brillez Madame, reste même pas la queue, pourvu qu’il n’ait pas que les pépins !    Mais non d’une pipe en bois, sans controverse,  ceci n’est pas une pomme, c’est un ersatz tout grignoté.  Encore faut-il s’estimer heureux, Blanche Neige, que tu ne sois pas en compote !  Allez tiens je t’offre un beau livre pour enfant Trognon et Pépin !

Le goût des autres – devoir 175- devoir de Lakévio – Automne

Le Goût des autres

Devoir de Lakevio du Goût N°175

Parce que les bouleaux effeuillent sur la route
Des petits cœurs jaunes et parce que le matin
L’araignée dans sa toile capturant les gouttes
De la tendre rosée éblouit le jardin,

Parce qu’une aile noire à coté d’une autre aile
En s’ajoutant change en fil d’hirondelles
Les fils du téléphone tremblants au-dessus des maisons
Parce que le brouillard mauve habille l’horizon,

Et parce que les pas sur le chemin montant,
Froissant le serpolet, ne chassent plus autant
Les papillons cendrés qui s’envolent
Parce que les enfants retournent à l’école

Avec leurs longs tabliers neufs, j’entendrai dire un jour
D’un certain air songeur : « L’automne est de retour »
Et d’avoir entr’ouvert mon cœur à son attente,
A l’heure où les troupeaux se hâtent par les sentes,
Il fera sur le soir doux et triste à la fois
Comme si le ramier roucoulait dans les bois.