Mil et une la suite – sujet 96- La femme du boulanger

Miletune

Gertrude pestait, verte de rage. Depuis une semaine, elle était seule dans le fournil ; pourtant elle était au four et au moulin. Paulo, son cher et tendre (enfin tendre c’est vite dit) avait pris la poudre d’escampette avec la Josy, la vendeuse, enfin vendeuse du genre à faire sauter les croissants en balançant ses fesses de droite à gauche comme une meule de foin. Son énergie ne dépassait pas trois sur l’échelle de Richter. Mais que diable avait-elle trouvé à mon vieux crouton ; il ne donnait plus dans la jeunesse, la fraicheur l’avait déserté depuis déjà pas mal de temps.

Ah zut, fit Gertrude en ramassant le pain d’enzymes qu’elle venait de lâcher. Faudra pas s’étonner si la fermentation n’est pas parfaite ; pas de mie aérée et de croûte bien dorée. Et de surcroît, elle allait devoir refaire le pâton des pizzas.

Elle fredonna une chanson tandis qu’elle déversait la farine dans le pétrin. Soudain, elle vit arriver le Dédé, compagnon de la Josy. Il marchait d’un pas décidé ! Quel fléau ce type, beau garçon mais le crâne vide. Bon je ne vais quand même pas lui dire que sa Josy s’est barrée, partie à l’aventure avec mon mec ; il serait bien capable de jouer avec ses muscles et transformer le magasin en ring de catch. Je vais lui conseiller de mettre sa force à pétrir au moins je gagnerais du temps.

Mais non le bellâtre, clope au bec, me lança un sourire narquois aux lèvres et passa son chemin. Vraiment les mecs on ne peut pas compter sur eux.   

Mil et une la suite – sujet 95 – le diner râteau

Miletune

Le dîner râteau

Imaginez un individu, disons un certain Procule, se pavanant dans sa cuisine, bonnet de chef vissé sur la tête et tablier impeccable. Il s’apprête à concocter un festin digne des plus grands rois, un plat si exquis qu’il en ferait pleurer les anges.

Procule travaille dur, découpant, hachant, mijotant avec une frénésie digne d’un maestro. Les parfums alléchants envahissent la maisonnée, titillant les narines , attisant les papilles et aiguisant les appétits. Enfin, après des heures d’un labeur acharné, le plat est prêt. Procule, fier de son œuvre, le présente à ses convives, le visage rayonnant de satisfaction. Les invités, impressionnés par la présentation soignée, s’empressent de goûter. Clin d’œil fier à tous ces pique-assiettes comme signifier sa certitude d’être le meilleur et digne de sa toque !

Mais quelle ne fut pas leur surprise ! La première bouchée est un assaut gustatif dévastateur, une explosion de saveurs désagréables qui fait grimacer les visages. Le plat de Procule, loin d’être un chef-d’œuvre, est un véritable cauchemar culinaire. Il est désemparé ; voit son ambition gastronomique s’effondrer en un instant. Son ambition démesurée l’a aveuglé, lui faisant oublier les bases fondamentales de la cuisine. Son repas, censé le consacrer roi des fourneaux, se transforme en une cuisante défaite.

Pour couronner le tout, face aux regards interrogateurs et aux critiques acerbes de ses invités, Procule, incapable de justifier son fiasco, en est réduit à avaler sa langue, muet d’embarras et de honte. Pauvre Il vient de prendre le râteau de sa vie.

Moralité de l’histoire : il ne suffit pas de travailler d’arrache-pied et d’être tiré à quatre épingles pour réussir. Il faut aussi avoir du talent et, surtout, ne pas manger son chapeau avant l’heure !


Mil et une la suite – sujet 92 – en huit

Miletune


Dans le cabinet d’un psychanalyste renommé que je ne nommerai pas souci de discrétion , un huit  insolent danse et trône fièrement sur le divan, défiant toute logique et exigeant que monsieur Freud vienne faire son office. Le thérapeute, visiblement contrarié, tente en vain de convaincre son patient de s’allonger. Celui-ci, depuis plus de huit heures, lui oppose une résistance déterminée. 

– Non je ne m’allongerai pas ! Nous n’en finirons jamais ! 

De guerre lasse le psy sort de ses gonds :  

– « Écoutez, mon cher huit, je comprends que vous cherchiez l’infini dans vos pensées, mais vraiment, le divan n’est pas extensible à l’infini lui-même ! » s’exclame-t-il, les mains agitées dans un geste d’impuissance. Vous allez griller les ressorts ! 

– Le patient Huit, un sourire malicieux aux lèvres, semble déterminé à le contredire : 

–  « Docteur, ne voyez-vous pas ? inutile de couper les cheveux en huit ! C’est la nature de l’infinité que je recherche. Même ce divan, dans son refus obstiné, tente de m’enseigner quelque chose sur les limites de la perception humaine ! » 

Entre infini et pragmatisme que choisiriez-vous ? Voilà un dialogue ! Improbable !  Entre humour et réflexion sur la nature de l’infini, Moi simple huit je défie les lois  de la gravité et de la psychanalyse.

Mil et une la suite – sujet 91 –

Miletune

Au-delà d’une clairière boisée, le soleil dardait ses rayons sur une barrière en bois perchoir privilégié d’un moineau malicieux, ses petites pattes agrippant chaque latte avec une assurance presque arrogante.

Un corbeau, perché non loin, avait du mal à se remettre d’un sale tour qu’un renard venait de lui jouer. Il était vexé comme un pou, dépouillé d’une proie de choix. Intrigué par la posture du moineau, il décida de s’approcher, espérant peut-être trouver une opportunité de se divertir.

  • « Bonjour, cher moineau, » dit le corbeau d’une voix grave et riche en malice. « Que fais-tu là-haut sur cette barrière, si loin du sol ; tu gobes les mouches ? »

Le moineau répondit avec un sourire espiègle :

  •  « Oh, cher corbeau, je me délecte de la vue splendide depuis mon perchoir. Voyez-vous, chaque latte de cette barrière est comme un trône pour moi, offrant une perspective unique sur le monde qui m’entoure. »

Le corbeau, un peu surpris par la réponse du moineau, ne put s’empêcher de rire.

  • « Mais enfin, cher moineau, te sens-tu vraiment comme un roi là-haut ? N’oublie pas que tu n’es un tout petit moineau qu’une simple pichenette ferait tomber.  Le moineau grinça du bec avec nonchalance.
  • « Ah, mais cher corbeau, la taille n’est pas tout ! C’est l’attitude qui compte. Regardez-vous, tout majestueux sur votre branche. On pourrait croire que vous êtes le roi des cieux, mais je sais bien que vous n’êtes qu’un simple corbeau. Mon pauvre ami, j’ai tout vu, gros ou pas, le goupil t’a berné et franchement je kiffe encore le tableau.

Le corbeau, amusé par l’audace du moineau, décida de jouer le jeu.

  • « Peut-être as-tu raison, cher moineau. Peut-être que la grandeur réside dans l’attitude plutôt que dans la taille. Mais n’oublie pas, même le plus petit des oiseaux peut être victime de sa propre vanité. »

Juste à ce moment, le renard émergea des buissons avoisinants, le fameux fromage dans sa gueule..  Il observa la scène avec un sourire en coin.

  • « Ah, mes amis, que vois-je ici ? » dit le renard d’une voix mielleuse.  Mon beau phénix des bois qui se prend pour un roi et un moineau rieur qui se pavane. Mais dites-moi, cher corbeau, vous n’avez pas eu le temps de goûter au délicieux du fromage  » ? Venez donc je suis d’humeur à partager !

Le renard sourit de plus belle. 

  • « Oui venez, vous êtes un oiseau si noble, si majestueux, que vous méritez bien ce délice. »

Le corbeau, flatté encore une fois par les paroles du renard, fit un vol plané, ouvrit son bec pour croquer le morceau de fromage. Le renard lâcha immédiatement le fromage et s’empara du corbeau.

Le moineau, observant la scène depuis sa barrière, ne put s’empêcher de pouffer de rire. « Ah, cher corbeau, » dit-il en secouant la tête, « la vanité peut parfois nous jouer de vilains tours. »


photo personnelle

Mil et une la suite – sujet 90 – logorallye

Miletune

inspiré de mon voyage au Chili – île de Pâques


Imaginons l’immensité bleue de l’océan Pacifique, là où les vagues dansent au rythme du vent, se trouve une île mystérieuse et envoûtante : l’île de Pâques. C’est là que mon chemin m’a mené, sur les traces des anciens habitants qui ont laissé derrière eux un héritage aussi primitif que fascinant. Là, je me suis retrouvée face à d’énormes statues de pierre, les célèbres moaïs, qui semblent contempler l’horizon infini depuis des siècles. Chaque moaï portait aux commissures des lèvres  une question silencieuse, un mystère enfoui sous des couches de légendes et de mythes.

Alors que mes pas me conduisaient de plateforme en plateforme, plus loin, j’ai découvert des grottes dissimulées dans le sol rocailleux de l’île. À l’intérieur, l’obscurité régnait en maître, mais j’ai senti mon cœur battre plus fort à chaque pas, comme si chaque trou dans la roche renfermait un secret ancestral. À mesure que la nuit enveloppait l’île de son manteau sombre, j’ai contemplé le ciel étoilé, émerveillé par la célébrité des constellations qui scintillaient au-dessus de moi. Assis sur un rocher, le vent caressant ma peau, j’ai ressenti une connexion profonde avec cette terre lointaine et mystique.

Le lendemain, au lever du soleil, j’ai rejoint une communauté locale pour assister à une cérémonie traditionnelle. Les chants et les danses résonnaient dans l’air, emplissant mon cœur d’une joie indescriptible. Et c’est là, au son du rythme envoûtant du swing des danseurs, que j’ai compris que mon voyage sur l’île de Pâques était bien plus qu’une simple aventure.  C’était un voyage intérieur, une exploration de l’âme et de l’histoire de ces lieux sacrés.

photo personnelle

Mil et une la suite – sujet 88 – Lisette

Miletune

Il pleut depuis des jours et des jours ! Noémie s’ennuie, elle ne sait plus quoi faire. Elle a fait le tour de la pâte à modeler, des cubes avec des images du Petit Chaperon rouge, De la Belle au bois dormant et des trois petits cochons, de la maison forestière que son frère dans sa grande bonté lui a prêtée. Maintenant elle regarde la pluie qui ruisselle sur les vitres. Elle a bien dessiné des bonshommes sur les carreaux ainsi que des souris et des chats ; tant pis si elle se fait gourmander !  Elle a épuisé tous les livres documentaires celui des orchidées et des loups lui a bien plu ; elle les connait par cœur. Elle n’ignore plus rien des orobanches et les oryctéropes d’Afrique.

Soudain une idée germe. Et si elle grimpait au grenier ! Parfum d’antan.  Il y a de la poussière qui la fait un peu tousser ; des toiles d’araignées, d’ailleurs elle reste bouche bée : elle contemple une petite velue noire qui tisse des rayons tenus de filaments brillants. Noémie explore des cartons, des livres des vieux tissus. Un bouquin épais lui tend les bras enfin plutôt ses pages. La voilà assise par terre feuillant ce lourd machin. Un feuillet s’échappe puis deux puis trois etc… Des planches légèrement cartonnées sont répandues sur le sol ; un gros titre en lettres majuscules l’interpelle :

HABILLE LISETTE

Lisette en jupon blanc à petits froufrous l’invite à jouer. C’est bien plus rigolo que ses poupées habituelles et que cette idiote de Barbie rose bonbon qui pleurniche après son Ken infidèle !

  • Mets mon chapeau à fleurs Noémie
  • Ah non, je préfère la petite charlotte jaune à pois noirs
  • Cela ne me va pas au teint, je suis rousse. Pense bien à refermer la languette sinon je serai toute nue
  • Tu préfères la robe de mamie celle avec le tablier blanc des gâteaux au chocolat ?
  • Non je veux la robe écossaise bleu et vert. Attention mon col se décroche, tu n’as pas bien découpe la silhouette

Le temps s’est écoulé. La pluie a cessé momentanément. Sa mère l’appelle. C’est l’heure du goûter !

Ah aller patauger dans les flaques avec son ciré rouge ! Mais demain elle reviendra habiller Lisette

Mil et une la suite – sujet 86 – L’écureuil qui savait lire

Miletune

Trésor

Les écureuils sont étonnants ; savez-vous que leur passion c’est la lecture ? Non alors lisez-bien cette histoire.
Dans une forêt verdoyante, sous un grand chêne, le chêne et le noisetier sont les arbres préférés des écureuils, ils ont à manger à foison et peuvent faire leurs réserves, vivait un écureuil nommé Filou. Cet écureuil était bien différent des autres écureuils : il n’aimait pas seulement collectionner des noisettes, il adorait lire. Sa petite maison dans l’arbre était remplie de piles de livres de toutes tailles et de toutes couleurs. Une vraie bibliothèque dont il était terriblement jaloux.
Chaque matin, Filou se réveillait avec l’envie de plonger dans un nouvel univers, de découvrir de nouvelles aventures entre les pages de ses livres préférés. Il se perdait souvent dans les histoires, imaginant voler avec des dragons ou explorer des contrées lointaines. Il était tous les héros à la fois : D’Artagnan, Astérix, Barbe bleue ou encore le Marquis de Carabas son préféré.
Un jour, alors qu’il se promenait dans la forêt, il trouva un livre abandonné sous un buisson. Ses yeux s’illuminèrent de joie en découvrant ce trésor inattendu. Il le prit dans ses petites pattes et courut vers sa maison pour le lire. Cependant il craignait que cet objet appartienne à Orson le plus grand, le plus gros et le plus impressionnant des ours qui partageait aussi son amour de la lecture ; Il avait dû s’endormir en le laissant là au pied d’un du grand chêne ou alors le coucou lui avait fait peur et l’avait abandonné là…
A peine avait-il commencé à tourner les pages que le pauvre Filou entendit un bruit sourd derrière lui. Bien vu Orson, se présenta devant lui, réclamant SON livre à grands cris. La peur au ventre Filou savait qu’il devait le lui rendre, même s’il ne voulait pas le partager. Question de survie !
Un travail d’approche et un flot de paroles apaisantes sortirent alors de la bouche de Filou.
Un grand rire explosa dans la forêt !
Filou et Orson se retrouvèrent bientôt dans une série de péripéties hilarantes alors que Filou tentait de récupérer son livre bien-aimé. Mais au bout du compte, ils apprirent tous les deux une précieuse leçon sur le partage et l’amitié.
Et depuis ce jour, on put voir dans quelque coin de la forêt, un écureuil sur le dos d’un ours qui lisent ensemble.
Le croirez-vous ? Moi oui !

La Licorne – 92 – la salle de bain

Filigrane

La Farce de la Salle de Bains »
Dans le cadre exigu de la salle de bains, l’homme se tenait, figé dans une posture improbable, vêtu d’un costume sombre qui semblait tout à fait déplacé dans ce lieu d’intimité. Son regard se fixait dans le miroir, où son reflet semblait le défier avec un sourire moqueur.
L’eau de la baignoire stagnait là, comme une mare abandonnée, attendant désespérément d’être libérée de sa torpeur. Des bulles d’ennui semblaient éclater à sa surface, ajoutant une touche de comédie à cette scène absurde.
Soudain, un frisson parcourut l’homme, brisant la monotonie de l’air. Il entreprit alors de se dévêtir avec une grâce maladroite, comme s’il se battait avec ses propres vêtements. Sa cravate, rebelle, semblait s’accrocher à son cou comme un enfant à sa mère le jour de la rentrée des classes.
Le regard toujours fixé sur son reflet, l’homme se mit à débattre avec ses pensées, comme s’il tentait de convaincre une audience invisible de la justesse de ses actions. Puis, dans un geste théâtral, il se précipita vers la baignoire, manquant de glisser sur le sol carrelé dans sa hâte.
Une fois assis dans la baignoire, il jeta un regard circulaire autour de lui, comme s’il s’attendait à découvrir un public dissimulé derrière le rideau de douche. Mais la seule réponse à son acte était le silence, ponctué par le doux gargouillis de l’eau s’écoulant du robinet.

Le goût des autres – 188ème devoir – Le château

Le Goût des autres

L’affaire de Joseph de Stoke

Cela faisait bien longtemps que je n’étais plus revenue au château ; exactement quinze ans jour pour jour. Depuis que…

Joseph m’avait invitée au château de Stokesay la demeure familiale du comte Denis de la Roche de Stoke. Je pensais sérieusement que cette fois, il allait faire sa demande. Le buffet était bien garni et derrière les tentures, les domestiques s’affairaient pour que la réception soit parfaite. Joseph le fils un peu prodigue méritait bien toute cette attention ; il allait reprendre l’usine. Un truc clé en main florissant : une fabrique de tire-bouchons. Cependant dans l’atmosphère solennelle du château, une tension oppressante pesait lourdement, comme si l’air lui-même retenait son souffle. Les festivités cédèrent peu à peu la place à un silence sinistre, rompu seulement par le murmure étouffé des chuchotements inquiets après que des cris ont résonné dans un coin obscur derrière un rideau opaque fatigué.  La salle principale, il y une heure à peine animée de rires et de musique, était maintenant muette.

La petite Amélie entra en hurlant. Le corps de Joseph gisait contre le mur. Mais comment Amélie était-elle déjà informée. Oui bien sûr elle fricotait avec le fils de la maison – elle la petite aide cuisinière remarquée par l’héritier des tire bouchons ! Les portes du château se refermèrent le temps de l’enquête.

Nous voilà dans un huis clos à la Agatha Christie se dit l’inspecteur Canard ! je vais résoudre cette histoire en deux coups de cuillères à pot. D’abord comment il est mort ? Ah deux coups de couteau à viande. Donc accès à la cuisine et puis…

Après bien des interrogatoires menés tambour battant aucune vérité se faisait jour c’est comme ci le sable glissait entre les doigts de Canard. Pendant des semaines, l’enquête avait continué, chaque nouvel indice soulevant de nouvelles questions sans réponse.

Les souvenirs de la fête fondaient dans l’oubli ; un meurtre non résolu ! Aujourd’hui je revins sur les lieux du crime. Pourquoi ? Joseph était mon mec à moi et nul n’avait le droit de me le prendre. Cette Amélie de malheur lui avait mis le grappin dessus et je n’ai pu le supporter.

Dans cette salle où plus personne n’a mis un pied depuis le crime, je regarde autour de moi. La poussière a envahi la cheminée et les bibelots, quelques débris jonchent encore le sol. Le monde de la Belle au bois dormant en quelque sorte.  Finalement, je n’ai pas été perdante, pas mariée au patron mais patronne. L’usine de tire bouchons m’est revenue. Allez savoir pourquoi ? Champagne !

Mil et une la suite – sujet 84 – Giuseppe

Salut les meufs, salut les keums

Vous m’avez vu avec mes belles taches rousses ? Moi c’est Giuseppe. Attention ne pas me confondre avec Giuseppe, Désiré, Thomas O’Malley. Rien à voir avec ce cousin éloigné chat de gouttière par excellence. Moi je suis le CHAT de l’hôtel de la plage, le patron, le boss, le chef, le taulier, le singe, le greffier. Je peux vous dire que j’ai un vrai  taf de chef d’entreprise, plein le museau et par-dessus les oreilles. 

Ici, je dois tout surveiller et faites gaffe à mon regard de tueur. Certains murmurent que je suis l’Alpha mais je m’en fiche car je n’ai pas de Roméo. Je rechercherai plutôt les Roméas  si vous voyez ce que je veux dire ; et puis Alpha c’est mieux que Béta ! 

Je suis le seul à entrer dans le bureau d’accueil de l’hôtel et quand l’hôtesse, la petite Céline, je l’adore celle-ci, travaille, je me frotte les moustaches contre son pantalon et je saute sur son ordi, comme ça elle est obligée de me caresser. Mais ne vous y trompez pas je… 

 Oups Miaou houhou  Bonté divine !

– Qu’est-ce que tu fais là toi ? Miaou houhou passe ton chemin. Ici pas de chat noir et blanc et pis j’teconnais pas ! alors tu dégages le plancher et fissa.

C’est que j’ai un cheptel à gérer moi ! Personne entre les mailles du filet. Et puis je dois faire la discipline parmi les touristes humains. C’est fou ce qu’un touriste peut être ballot, avec leurs mimiques fripées de constipés. Leur grand bonheur, c’est de nous distribuer des miettes. Alors là, la horde de matous se précipite dans la salle à manger avec des ronrons. Je dois vérifier les papiers de chacun ; c’est qu’ils arrivent de tous les coins les mirons. Et s’ils ne se laissent pas faire, je sors les griffes et les dents.  Y en a que je kiffe et d’autres que je ne kiffe pas ! Normal je suis le Boss.

Tiens celle-là, là-bas, j’ai voulu lui montrer comment je fais les câlins. Mais elle n’a pas voulu j’ai reçu un coup de patte. Elle m’a viré ; moi le patron, le chef des chefs. Elle ne perd rien pour attendre. Ce n’est pas parce qu’elle a les pattes blanches, elle fera comme les autres. On ne résiste pas à Giuseppe.

– Et toi là tourne toi un peu que je te renifle. Bon tu peux passer mais je veille au grain et tu ne t’approches pas de la table du fond, c’est chasse gardée.

Vous comprendrez qu’à la fin d’une journée je sois épuisé, éreinté, fatigué, vidé ; alors je m’installe sur le canapé des touristes. Ils me regardent, je les regarde, ils me font une caresse sur le dos, je les laisse croire que cela me plait et hop aussitôt je me retourne et je les niaque d’un coup de dents. Le repos de Giuseppe c’est sacré.

Non, je ne suis pas agressif, je suis sournois tout simplement et le repos de Giuseppe c’est sacré.   

A bon entendeur salut !