Mil et une la suite – sujet 83 – logorallye

J’ai un mot à vous dire !

Depuis quelque temps, les accents grognaient. Ils se sentaient mal aimés, dédaignés, méprisés. A l’école, les enfants ne les utilisaient presque plus. Chaque fois que je croisais un accent dans la rue, un aigu, un grave, un circonflexe, il me menaçait. (La révolte des accents – Erik Orsenna).

Après avoir lu ces phrases, la ponctuation se prit à penser. Tiens le chapitre par exemple , on parle beaucoup trop de lui  alors qu’il ne vaut pas une cacahuète trop peu nombreux dans une page.  Se laisser chapitrer ? La phrase quant à elle  pose question. Elle s’exclame haut et fort  : pourquoi des points, des virgules et même des points-virgules. Elle ne sait où donner de la tête.

 Je vous le dis par parenthèse un point c’est tout ! on arrête la phrase mais avec la virgule on attend la suite !  Que faire ? Et puis pourquoi deux points ? Pour avoir des phrases toutes faites.  

Le pire, ce sont les guillemets que l’on mime avec ses doigts comme si nous ne comprenions plus le sens des mots. Mais les lettres ne sont pas en reste. Les minuscules se battent avec les majuscules, ces sortes de hiéroglyphes qui nous laissent circonflexe heu perplexe puisque que les accents se font la malle! Une bagarre au sein d’une page cela fait désordre. 

Bon voilà qu’avec toute cette histoire j’ai oublié le lexique ! Vous le mettrez où vous  voudrez ! 

Mil et une la suite – sujet 80 – carte

Miletune

La pauvre elle avait pris le train sur un coup de tête dès qu’elle avait reçu la réponse. Elle n’avait pas de bagage, juste un minuscule sac dans lequel, elle avait glissé ses papiers au cas où elle devrait s’identifier et la carte postale laissée à son intention. Maintenant elle était là assise, peu lui importait que sa jupe était relevée sur ses cuisses et laissait entrevoir… Bref la tête dans les mains, elle se demandait bien si elle avait eu raison.

Iris avait le cœur serré. Elle attendait depuis si longtemps le moment où enfin elle la rencontrerait ; sa mère. Elle avait donc une mère ! Pas celles d’accueil. Il y en avait eu tant. Dès qu’elle s’attachait aux femmes que l’on s’obstinait à dénommer Nounou ou mieux Tata, hop, elle partait dans une nouvelle famille et le cycle infernal recommençait. Pourtant une fois, une fois seulement une tata avait laissé échapper une phrase : » je ne comprends pas pourquoi cette petite n’est pas adoptable. Nous pourrions la garder au moins elle retrouverait le sourire ».

Elle avait quinze ans et dans sa tête l’idée germa ; peut-être pouvait-elle retrouver ses origines. Elle s’inscrivit dans les clubs de généalogie, fit les démarches dans les services sociaux mais on lui opposa un refus. Elle était mineure ! Finalement se disait-elle, est-ce que j’existe pour quelqu’un, ne suis – je qu’un dossier avec un numéro rouge de non adoptable ! Si je retrouve ma mère comment l’aborder ? comment la recevra-t-elle ?

Toutes les recherches entreprises à sa majorité aboutirent enfin ! Il lui a fallu dix ans ! Plus encore deux avant d’oser prendre contact.

Aujourd’hui c’est le grand jour ; elle a pris ce train, encore deux heures de voyage à ruminer sa peur, passant de la phase euphorique, à la phase dépressive. Pourtant, cette femme avait accepté la rencontre. Et si elle n’était pas là. Le train ralentit puis s’arrêta. Elle scrute à travers ses larmes ce quai tout enveloppé de nuit au bout duquel une silhouette se détache.

Mil et une la suite – sujet 79 – filtre

Miletune

Une tasse
Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une tasse
du café, du thé, du chocolat ?
On y voit des couleurs irisées
On y voit des fleurs des champs
Les êtres aimés ou détesté
Une tasse
Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une tasse
Quand elle est toute chaude
On y voit mille soleils, des oiseaux bleus
On y voit des éclairs quand nos yeux papillottent encore
Quand les robes volent sous la brise
On y voit les enfants se préparent pour l’école
Pas encore des bruits incongrus de voiture
Les colères pas encore apaisées
Une tasse
Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une tasse
quand le filtre a disparu
Plus rien parce qu’elle but
Et bonsoir !

Mil et une la suite – sujet 78 – Héritage

Miletune

« Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail.« Je délaissais ce livre qui m’assommait un peu ce soir… Encore une histoire sans intérêt ! J’avais la tête ailleurs.

Je n’étais pas revenue dans l’appartement parisien depuis que j’avais épousé Laurent ; Je préférais la maison du bord de Saône où nous nous retrouvions tous en famille… quinze ans déjà ! Les expositions m’avaient pris tant de temps. Dernièrement encore j’avais découvert Sally  Storch que j’avais confondue – mea culpa- avec Edward Hopper. J’avais décidé d’organiser  une expo dans ma galerie.  J’avais consommé tant d’énergie et j’avais presque terminé quand le coup de téléphone m’annonçant l’accident de voiture de mes parents m’avait anéantie. Après la cérémonie et le contrecoup de ces décès brutaux, j’avais usé mes dernières forces pour le vernissage d’un autre jeune peintre moderne talentueux et mis la dernière main pour l’expo de Sally. Puis je laissais la gestion de la galerie à mon associée. Il fallait régler les problèmes de succession. Heureusement nous étions d’accord, ma sœur et mon frère donc cela se passait bien. Nous devions nous  retrouver dans l’appartement rue Raspail. J’étais arrivée ce matin et ce soir derrière les rideaux les souvenirs affluaient. La petite boulangerie en bas avait « grossi », la fleuriste avait fermé ses portes et laissé la place à un petit super marché, et l’ancienne  bijouterie miteuse autrefois  au coin de la rue arborait des vitrines rutilantes et occupait double de surface.  Je me revis courant  avec ma baguette de pain, jouant avec un chien errant quand je rentrais de l’école ; on aurait qu’il m’attendait  mais maman avait dit pas d’animaux à la maison ! Seul le grand immeuble n’avait pas changé. Imposante bâtisse, je regardais les lumières qui brillaient ça et là yeux enfoncés dans les murs de brique brunes. Un peu plus loin, une affiche, le visage d’un homme beau comme un dieu grec vantait les mérites d’un parfum masculin. C’est alors que Laurent s’était approché sans bruit , il suivit  mon regard brillant  et sans crier gare

« Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il »

Mil et une la suite – sujet 77 – bucolique

Miletune

Monsieur le préfet,

Par la présente, je tiens à porter à votre connaissance les agissements du dénommé Georges B.

Ce monsieur, au demeurant charmant et qui se trouve être votre sous-préfet, tous les dimanches se met en habit pour se rendre dans les petits patelins faire des discours que nous ne comprenons même pas. C’est ainsi que nous l’attendions dimanche dernier dans mon village… Aujourd’hui trois jours après nous l’attendons encore. Alors cette fois, Monsieur le Préfet, mon devoir de citoyen m’incite à vous informer des agissements de cet énergumène.

Oh il est bien parti dans la Renault mis à sa disposition avec le chauffeur de service. Il devait se rendre au concours régional du plus beau cochon. Ce monsieur à l’habitude d’écrire des discours enfin de faire écrire un discours, je le sais car je lui sers de « nègre ». Mais là il a voulu faire lui-même ses phrases. Vous vous doutez bien qu’il manque d’inspiration. Aussi alors qu’il faisait très chaud et après avoir légèrement abuser d’un petit rosé, il a dû s’arrêter près d’un petit bois de chênes verts, pour satisfaire à ce que vous savez, Monsieur le Préfet. Ne le voyant pas revenir, le chauffeur inquiet s’est avancé dans les fourrés et voilà ce qu’il a vu : une scène bucolique !

Le sous-préfet, ceinture du pantalon défaite, était couché au milieu d’une clairière, parlait aux oiseaux le nez dans les violettes, écoutait la source qui chantait des notes claires de conserve avec un rossignol. Et finalement somnolait au milieu de cette belle nature !

Je vous le demande, Monsieur le préfet , sont-ce des manières ?

Un ami qui vous veut du bien.

Mil et une la suite – sujet 71 – Le coup du chapeau

Miletune

Je m’baladais sur l’avenue sifflotant un air bien connu pourtant je n’étais pas sur les Champs Élysées. Quelque inconnu avait oublié ou perdu son chapeau et comme toute personne bien élevée, réflexe je shootais dedans sauf aïe aïe aïe il y avait un caillou dessous une sorte de menhir qui me broya les orteils, me fit voir trente-six chandelles et me fit choir sur le trottoir pendant que des rires fusaient et j’entendis avant de m’endormir « té encore un couillon de la lune ». Les quatre fers en l’air, à plat dos reprenant mes esprits, je vis se découpant dans le ciel une portée musicale. Des notes étaient accrochées, des croches, des doubles, des blanches et des noires. On aurait dit le début de la symphonie cinq de Beethoven. J’entendais des pom pom pom et Cram cram cram, des trompettes et des coups d’archet violent de violon : do do do ré ré mi mi fa ! Tenais-je là le début de ma composition celle que depuis plusieurs j’essayais de pondre pour mon éditeur de musique et qui me gavais. Puis les notes se déplacèrent se déformèrent et s’agglutinèrent dans un souffle de vent. Mais que venaient faire ses baskets sur ma portée.
Monsieur, entendis-je, monsieur serrez-moi la main si vous m’entendez. J’ouvris les yeux et un joli visage m’apparut, cheveux auburn voletant autour. Étais-je au paradis. Marie veillait-elle sur moi ? Elle me regardait avec un demi sourire un peu inquiet. Monsieur, vous allez-bien répéta cette voix magique. Séduit je jouait un peu les prolongations pour entendre encore cette douce voix musicale.
Enfin je me remis debout, me remis à siffler ; les notes venaient toutes seules. Enfin mon chef d’œuvre grâce à un couvre-chef mal placé !

Mil et une la suite – sujet 70 l’incipit

Miletune

Là dans le fond, près de la porte entrebâillée du salon, une mince silhouette se découpait !

Il est des journées qui commencent par un clin d’œil mais pas vraiment bienveillant ; on n’y prend pas garde mais après réflexion… c’est ce que se disait Mathilde engoncée dans les plumes de sa couette fleurie de petites violettes. Elle éternua plusieurs fois et toussa fortement ; une main douce lui tendit un mouchoir parfumé à l’eucalyptus et lui fit boire une cuillerée de sirop pour calmer ses quintes de toux. Peu à peu, Mathilde sombra dans un sommeil léger puis fut emportée dans ses souvenirs.

Hier, la journée avait mal commencé ; d’abord le réveil avait pris la liberté de sonner avec une heure de retard et il avait atterri en morceau sur la carpette. Puis Mathilde avait dû se contenter d’avaler un breuvage brun, froid et amer qui portait par erreur le nom de café, accompagné d’un vilain quignon de pain rassis. Evidemment du liquide, la moitié fut renversée sur le courrier qu’elle n’avait pas pris le temps d’ouvrir. Depuis quand n’avait-elle pas eu une vraie nuit de sommeil…une vraie avec un oreiller douillet sous sa tête ? Elle avait enchaîné garde sur garde puis encore des gardes ; manque d’effectifs ! Son téléphone de service la sortit de son humeur chagrine et elle répondit mollement à son collègue Guillaume. Elle grimaça ; elle devait se rendre dare-dare au château du Comte Jérôme de La Trémouille du Schmoll, victime dans la nuit d’un important cambriolage.

Machinalement, elle attrapa les clefs de la Citroën 007 de service et maudissant le GPS qui bien sûr ne fonctionnait pas démarra en cahotant. Après des errements et quelques erreurs d’itinéraires, elle rejoignit Guillaume, sur place depuis deux heures qui inventoriait les objets volés. Outre quelques diamants et émeraudes, on comptait des tableaux célèbres : deux Picasso, un Dali, un Pollock, un Manet, un Renoir et même une tenture ancienne au point compté. Mathilde, étouffa un bâillement en pensant que c’étaient beaucoup d’histoires et de billevesées pour des petits cailloux brillants et de vulgaires copies. Un café, un vrai aurait été le bienvenu. Soudain elle sursauta : une tenture ! Non une tapisserie de la reine Mathilde, un ouvrage prêté par le musée de Bayeux ! Un cadeau de la Reine à son mari Guillaume le Conquérant, une valeur inestimable…

Porter le prénom d’une reine valait bien un effort ! Elle oublia le café et se concentra sur l’enquête, rassembla les témoignages et ne négligea aucune piste. Au bout d’une heure, laissant la police scientifique finir leur examen, les deux collègues montèrent chacun dans leur Citroën 1313 de service. Mathilde, partie la première, s’engagea sur la route qui longeait le lac. Elle récapitulait tous les éléments de cette nouvelle enquête quand, d’un petit chemin de terre, déboucha un coupé cabriolet rutilant. Au volant, Arsène Lupin lui fit un petit signe amical ; Trop fort c’était trop fort !  Elle avait le coupable à portée de main. Alors sans tenir compte du danger, elle fit un demi-tour digne de Fangio mais hélas elle dérapa fit une embardée et la voiture s’enfonça lentement dans l’eau…

La Licorne – 88 – la fleur du mal

Filigrane

Marguerite

Marguerite

Marguerite
« Blanche fille aux cheveux roux,
Dont la robe par ses trous
Laisse voir la pauvreté
Et la beauté »
Mais quelle beauté ? T’es moche, t’es moche vraiment moche ! Tu n’es pas une fleur et pourtant je t’aime, tu es triste et sinistre et je t’aime. T’es sotte très sotte et pourtant je t’aime.
Vois-tu la vie ne t’a pas ménagée et pourtant tu ne vois pas le mal !
« Tu portes plus galamment
Qu’une reine de roman
Ses cothurnes de velours
Tes sabots lourds. »
Fallait être dingue pour te draguer tant tu es moche. T’es bête et même très bête et pourtant je t’aime
Tu n’as rien pour accrocher le regard et pourtant nous voilà accrochés.
Finalement moi aussi je suis moche, t’es cloche et je suis cloche ;
Tu m’aimes et je t’aime. D’ailleurs la Marguerite n’a plus de pétales. Nous les avons extirpés un à un. C’est bête l’amour et c’est chouette.

Le Lakévio du goût – 179ème devoir – Richard Tuschmann

Le Goût des autres

« Vous habitez près d’ici ? Lui avais-je demandé. »

« Vous habitez près d’ici ? Lui avais-je demandé. »

Elle avait répondu que son studio était à deux pas de ce bar où elle venait pour la première fois. Il faisait chaud dans sa turne et un verre lui ferait du bien. Elle était mignonne dans sa robe rouge à bretelle. Elle ressemblait à la dame en rouge à sa fenêtre de Hopper. Se cheveux roux auburn me conquirent et me firent oublier un instant Iris qui m’avait lâchement abandonné pour une espèce d’oie blanche ! Nous partîmes bras dessus bras dessous. Après nos ébats flamboyants mais sans amour, juste la passion des corps, je suis parti me rafraîchir et c’est là qu’Elle a vu. Elle venait de rajuster sa robe de soie et s’était assise sur le lit défait, pensive,  le menton négligemment posé sur  sa main à la manière de Rodin. Elle a vu que mon maillot de corps mon marcel à fine côte n’avait rien de sexy, que la ceinture de mon pantalon mal coupé, était desserrée et laissait entrevoir un début de bidou qui au fil du temps allait s’amollir. Mes ablutions lui parurent désespérantes : un tue-l ’amour ! peu de poésie dans cette soirée ; si j’avais pensé un temps remplacer Iris c’était raté. Elle faisait la bobe comme on dit Lyon pour ne pas dire la gueule. Lentement je me retourne, rien à faire ! Elle me fait comprendre que dégager serait la meilleure solution.

Je me retourne dans la rue et je tourne le dos au bar de la Mouette ! l’âme en peine non pas du tout, un râteau est un râteau et pas si râteau finalement. « Mais cet épisode était de peu d’importance dans le monde si dur et si incompréhensible où nous vivions depuis quelque temps. ».

Mil et une la suite – sujet 68- Le thé

Miletune

Les petits plaisirs

Les petits plaisirs

Une théière en porcelaine

Un petit thé bien chaud

Une chanson de mon idole Françoise Hardy « le premier bonheur du jour »

Un rire d’enfant qui vous tend les bras, le vôtre ou pas

Pour un tendre câlin

La perle de rosée sur les fleurs du jardin un matin d’été

Une tarte aux  fraises, dégustée sans complexe

Avec une amie retrouvée après des années sans se voir

Une balade avec le chien qui gambade

Un livre abandonné sur un banc comme un passage de témoin,

Un roman policier bien noir et sordide

Oui pourquoi pas ?

Un sketch de Fernand Raynaud pour pisser le rire

Oserai-je… Une belle nuit d’amour,

Comment ? Vous dites ?

Si je veux un sucre dans mon thé ?

Non merci…

Avec le sourire