Mil et une la suite – sujet 90 – logorallye

Miletune

inspiré de mon voyage au Chili – île de Pâques


Imaginons l’immensité bleue de l’océan Pacifique, là où les vagues dansent au rythme du vent, se trouve une île mystérieuse et envoûtante : l’île de Pâques. C’est là que mon chemin m’a mené, sur les traces des anciens habitants qui ont laissé derrière eux un héritage aussi primitif que fascinant. Là, je me suis retrouvée face à d’énormes statues de pierre, les célèbres moaïs, qui semblent contempler l’horizon infini depuis des siècles. Chaque moaï portait aux commissures des lèvres  une question silencieuse, un mystère enfoui sous des couches de légendes et de mythes.

Alors que mes pas me conduisaient de plateforme en plateforme, plus loin, j’ai découvert des grottes dissimulées dans le sol rocailleux de l’île. À l’intérieur, l’obscurité régnait en maître, mais j’ai senti mon cœur battre plus fort à chaque pas, comme si chaque trou dans la roche renfermait un secret ancestral. À mesure que la nuit enveloppait l’île de son manteau sombre, j’ai contemplé le ciel étoilé, émerveillé par la célébrité des constellations qui scintillaient au-dessus de moi. Assis sur un rocher, le vent caressant ma peau, j’ai ressenti une connexion profonde avec cette terre lointaine et mystique.

Le lendemain, au lever du soleil, j’ai rejoint une communauté locale pour assister à une cérémonie traditionnelle. Les chants et les danses résonnaient dans l’air, emplissant mon cœur d’une joie indescriptible. Et c’est là, au son du rythme envoûtant du swing des danseurs, que j’ai compris que mon voyage sur l’île de Pâques était bien plus qu’une simple aventure.  C’était un voyage intérieur, une exploration de l’âme et de l’histoire de ces lieux sacrés.

photo personnelle

Mil et une la suite – sujet 88 – Lisette

Miletune

Il pleut depuis des jours et des jours ! Noémie s’ennuie, elle ne sait plus quoi faire. Elle a fait le tour de la pâte à modeler, des cubes avec des images du Petit Chaperon rouge, De la Belle au bois dormant et des trois petits cochons, de la maison forestière que son frère dans sa grande bonté lui a prêtée. Maintenant elle regarde la pluie qui ruisselle sur les vitres. Elle a bien dessiné des bonshommes sur les carreaux ainsi que des souris et des chats ; tant pis si elle se fait gourmander !  Elle a épuisé tous les livres documentaires celui des orchidées et des loups lui a bien plu ; elle les connait par cœur. Elle n’ignore plus rien des orobanches et les oryctéropes d’Afrique.

Soudain une idée germe. Et si elle grimpait au grenier ! Parfum d’antan.  Il y a de la poussière qui la fait un peu tousser ; des toiles d’araignées, d’ailleurs elle reste bouche bée : elle contemple une petite velue noire qui tisse des rayons tenus de filaments brillants. Noémie explore des cartons, des livres des vieux tissus. Un bouquin épais lui tend les bras enfin plutôt ses pages. La voilà assise par terre feuillant ce lourd machin. Un feuillet s’échappe puis deux puis trois etc… Des planches légèrement cartonnées sont répandues sur le sol ; un gros titre en lettres majuscules l’interpelle :

HABILLE LISETTE

Lisette en jupon blanc à petits froufrous l’invite à jouer. C’est bien plus rigolo que ses poupées habituelles et que cette idiote de Barbie rose bonbon qui pleurniche après son Ken infidèle !

  • Mets mon chapeau à fleurs Noémie
  • Ah non, je préfère la petite charlotte jaune à pois noirs
  • Cela ne me va pas au teint, je suis rousse. Pense bien à refermer la languette sinon je serai toute nue
  • Tu préfères la robe de mamie celle avec le tablier blanc des gâteaux au chocolat ?
  • Non je veux la robe écossaise bleu et vert. Attention mon col se décroche, tu n’as pas bien découpe la silhouette

Le temps s’est écoulé. La pluie a cessé momentanément. Sa mère l’appelle. C’est l’heure du goûter !

Ah aller patauger dans les flaques avec son ciré rouge ! Mais demain elle reviendra habiller Lisette

Mil et une la suite – sujet 86 – L’écureuil qui savait lire

Miletune

Trésor

Les écureuils sont étonnants ; savez-vous que leur passion c’est la lecture ? Non alors lisez-bien cette histoire.
Dans une forêt verdoyante, sous un grand chêne, le chêne et le noisetier sont les arbres préférés des écureuils, ils ont à manger à foison et peuvent faire leurs réserves, vivait un écureuil nommé Filou. Cet écureuil était bien différent des autres écureuils : il n’aimait pas seulement collectionner des noisettes, il adorait lire. Sa petite maison dans l’arbre était remplie de piles de livres de toutes tailles et de toutes couleurs. Une vraie bibliothèque dont il était terriblement jaloux.
Chaque matin, Filou se réveillait avec l’envie de plonger dans un nouvel univers, de découvrir de nouvelles aventures entre les pages de ses livres préférés. Il se perdait souvent dans les histoires, imaginant voler avec des dragons ou explorer des contrées lointaines. Il était tous les héros à la fois : D’Artagnan, Astérix, Barbe bleue ou encore le Marquis de Carabas son préféré.
Un jour, alors qu’il se promenait dans la forêt, il trouva un livre abandonné sous un buisson. Ses yeux s’illuminèrent de joie en découvrant ce trésor inattendu. Il le prit dans ses petites pattes et courut vers sa maison pour le lire. Cependant il craignait que cet objet appartienne à Orson le plus grand, le plus gros et le plus impressionnant des ours qui partageait aussi son amour de la lecture ; Il avait dû s’endormir en le laissant là au pied d’un du grand chêne ou alors le coucou lui avait fait peur et l’avait abandonné là…
A peine avait-il commencé à tourner les pages que le pauvre Filou entendit un bruit sourd derrière lui. Bien vu Orson, se présenta devant lui, réclamant SON livre à grands cris. La peur au ventre Filou savait qu’il devait le lui rendre, même s’il ne voulait pas le partager. Question de survie !
Un travail d’approche et un flot de paroles apaisantes sortirent alors de la bouche de Filou.
Un grand rire explosa dans la forêt !
Filou et Orson se retrouvèrent bientôt dans une série de péripéties hilarantes alors que Filou tentait de récupérer son livre bien-aimé. Mais au bout du compte, ils apprirent tous les deux une précieuse leçon sur le partage et l’amitié.
Et depuis ce jour, on put voir dans quelque coin de la forêt, un écureuil sur le dos d’un ours qui lisent ensemble.
Le croirez-vous ? Moi oui !

La Licorne – 92 – la salle de bain

Filigrane

La Farce de la Salle de Bains »
Dans le cadre exigu de la salle de bains, l’homme se tenait, figé dans une posture improbable, vêtu d’un costume sombre qui semblait tout à fait déplacé dans ce lieu d’intimité. Son regard se fixait dans le miroir, où son reflet semblait le défier avec un sourire moqueur.
L’eau de la baignoire stagnait là, comme une mare abandonnée, attendant désespérément d’être libérée de sa torpeur. Des bulles d’ennui semblaient éclater à sa surface, ajoutant une touche de comédie à cette scène absurde.
Soudain, un frisson parcourut l’homme, brisant la monotonie de l’air. Il entreprit alors de se dévêtir avec une grâce maladroite, comme s’il se battait avec ses propres vêtements. Sa cravate, rebelle, semblait s’accrocher à son cou comme un enfant à sa mère le jour de la rentrée des classes.
Le regard toujours fixé sur son reflet, l’homme se mit à débattre avec ses pensées, comme s’il tentait de convaincre une audience invisible de la justesse de ses actions. Puis, dans un geste théâtral, il se précipita vers la baignoire, manquant de glisser sur le sol carrelé dans sa hâte.
Une fois assis dans la baignoire, il jeta un regard circulaire autour de lui, comme s’il s’attendait à découvrir un public dissimulé derrière le rideau de douche. Mais la seule réponse à son acte était le silence, ponctué par le doux gargouillis de l’eau s’écoulant du robinet.

Le goût des autres – 188ème devoir – Le château

Le Goût des autres

L’affaire de Joseph de Stoke

Cela faisait bien longtemps que je n’étais plus revenue au château ; exactement quinze ans jour pour jour. Depuis que…

Joseph m’avait invitée au château de Stokesay la demeure familiale du comte Denis de la Roche de Stoke. Je pensais sérieusement que cette fois, il allait faire sa demande. Le buffet était bien garni et derrière les tentures, les domestiques s’affairaient pour que la réception soit parfaite. Joseph le fils un peu prodigue méritait bien toute cette attention ; il allait reprendre l’usine. Un truc clé en main florissant : une fabrique de tire-bouchons. Cependant dans l’atmosphère solennelle du château, une tension oppressante pesait lourdement, comme si l’air lui-même retenait son souffle. Les festivités cédèrent peu à peu la place à un silence sinistre, rompu seulement par le murmure étouffé des chuchotements inquiets après que des cris ont résonné dans un coin obscur derrière un rideau opaque fatigué.  La salle principale, il y une heure à peine animée de rires et de musique, était maintenant muette.

La petite Amélie entra en hurlant. Le corps de Joseph gisait contre le mur. Mais comment Amélie était-elle déjà informée. Oui bien sûr elle fricotait avec le fils de la maison – elle la petite aide cuisinière remarquée par l’héritier des tire bouchons ! Les portes du château se refermèrent le temps de l’enquête.

Nous voilà dans un huis clos à la Agatha Christie se dit l’inspecteur Canard ! je vais résoudre cette histoire en deux coups de cuillères à pot. D’abord comment il est mort ? Ah deux coups de couteau à viande. Donc accès à la cuisine et puis…

Après bien des interrogatoires menés tambour battant aucune vérité se faisait jour c’est comme ci le sable glissait entre les doigts de Canard. Pendant des semaines, l’enquête avait continué, chaque nouvel indice soulevant de nouvelles questions sans réponse.

Les souvenirs de la fête fondaient dans l’oubli ; un meurtre non résolu ! Aujourd’hui je revins sur les lieux du crime. Pourquoi ? Joseph était mon mec à moi et nul n’avait le droit de me le prendre. Cette Amélie de malheur lui avait mis le grappin dessus et je n’ai pu le supporter.

Dans cette salle où plus personne n’a mis un pied depuis le crime, je regarde autour de moi. La poussière a envahi la cheminée et les bibelots, quelques débris jonchent encore le sol. Le monde de la Belle au bois dormant en quelque sorte.  Finalement, je n’ai pas été perdante, pas mariée au patron mais patronne. L’usine de tire bouchons m’est revenue. Allez savoir pourquoi ? Champagne !

Mil et une la suite – sujet 84 – Giuseppe

Salut les meufs, salut les keums

Vous m’avez vu avec mes belles taches rousses ? Moi c’est Giuseppe. Attention ne pas me confondre avec Giuseppe, Désiré, Thomas O’Malley. Rien à voir avec ce cousin éloigné chat de gouttière par excellence. Moi je suis le CHAT de l’hôtel de la plage, le patron, le boss, le chef, le taulier, le singe, le greffier. Je peux vous dire que j’ai un vrai  taf de chef d’entreprise, plein le museau et par-dessus les oreilles. 

Ici, je dois tout surveiller et faites gaffe à mon regard de tueur. Certains murmurent que je suis l’Alpha mais je m’en fiche car je n’ai pas de Roméo. Je rechercherai plutôt les Roméas  si vous voyez ce que je veux dire ; et puis Alpha c’est mieux que Béta ! 

Je suis le seul à entrer dans le bureau d’accueil de l’hôtel et quand l’hôtesse, la petite Céline, je l’adore celle-ci, travaille, je me frotte les moustaches contre son pantalon et je saute sur son ordi, comme ça elle est obligée de me caresser. Mais ne vous y trompez pas je… 

 Oups Miaou houhou  Bonté divine !

– Qu’est-ce que tu fais là toi ? Miaou houhou passe ton chemin. Ici pas de chat noir et blanc et pis j’teconnais pas ! alors tu dégages le plancher et fissa.

C’est que j’ai un cheptel à gérer moi ! Personne entre les mailles du filet. Et puis je dois faire la discipline parmi les touristes humains. C’est fou ce qu’un touriste peut être ballot, avec leurs mimiques fripées de constipés. Leur grand bonheur, c’est de nous distribuer des miettes. Alors là, la horde de matous se précipite dans la salle à manger avec des ronrons. Je dois vérifier les papiers de chacun ; c’est qu’ils arrivent de tous les coins les mirons. Et s’ils ne se laissent pas faire, je sors les griffes et les dents.  Y en a que je kiffe et d’autres que je ne kiffe pas ! Normal je suis le Boss.

Tiens celle-là, là-bas, j’ai voulu lui montrer comment je fais les câlins. Mais elle n’a pas voulu j’ai reçu un coup de patte. Elle m’a viré ; moi le patron, le chef des chefs. Elle ne perd rien pour attendre. Ce n’est pas parce qu’elle a les pattes blanches, elle fera comme les autres. On ne résiste pas à Giuseppe.

– Et toi là tourne toi un peu que je te renifle. Bon tu peux passer mais je veille au grain et tu ne t’approches pas de la table du fond, c’est chasse gardée.

Vous comprendrez qu’à la fin d’une journée je sois épuisé, éreinté, fatigué, vidé ; alors je m’installe sur le canapé des touristes. Ils me regardent, je les regarde, ils me font une caresse sur le dos, je les laisse croire que cela me plait et hop aussitôt je me retourne et je les niaque d’un coup de dents. Le repos de Giuseppe c’est sacré.

Non, je ne suis pas agressif, je suis sournois tout simplement et le repos de Giuseppe c’est sacré.   

A bon entendeur salut ! 

Mil et une la suite – sujet 83 – logorallye

J’ai un mot à vous dire !

Depuis quelque temps, les accents grognaient. Ils se sentaient mal aimés, dédaignés, méprisés. A l’école, les enfants ne les utilisaient presque plus. Chaque fois que je croisais un accent dans la rue, un aigu, un grave, un circonflexe, il me menaçait. (La révolte des accents – Erik Orsenna).

Après avoir lu ces phrases, la ponctuation se prit à penser. Tiens le chapitre par exemple , on parle beaucoup trop de lui  alors qu’il ne vaut pas une cacahuète trop peu nombreux dans une page.  Se laisser chapitrer ? La phrase quant à elle  pose question. Elle s’exclame haut et fort  : pourquoi des points, des virgules et même des points-virgules. Elle ne sait où donner de la tête.

 Je vous le dis par parenthèse un point c’est tout ! on arrête la phrase mais avec la virgule on attend la suite !  Que faire ? Et puis pourquoi deux points ? Pour avoir des phrases toutes faites.  

Le pire, ce sont les guillemets que l’on mime avec ses doigts comme si nous ne comprenions plus le sens des mots. Mais les lettres ne sont pas en reste. Les minuscules se battent avec les majuscules, ces sortes de hiéroglyphes qui nous laissent circonflexe heu perplexe puisque que les accents se font la malle! Une bagarre au sein d’une page cela fait désordre. 

Bon voilà qu’avec toute cette histoire j’ai oublié le lexique ! Vous le mettrez où vous  voudrez ! 

Mil et une la suite – sujet 80 – carte

Miletune

La pauvre elle avait pris le train sur un coup de tête dès qu’elle avait reçu la réponse. Elle n’avait pas de bagage, juste un minuscule sac dans lequel, elle avait glissé ses papiers au cas où elle devrait s’identifier et la carte postale laissée à son intention. Maintenant elle était là assise, peu lui importait que sa jupe était relevée sur ses cuisses et laissait entrevoir… Bref la tête dans les mains, elle se demandait bien si elle avait eu raison.

Iris avait le cœur serré. Elle attendait depuis si longtemps le moment où enfin elle la rencontrerait ; sa mère. Elle avait donc une mère ! Pas celles d’accueil. Il y en avait eu tant. Dès qu’elle s’attachait aux femmes que l’on s’obstinait à dénommer Nounou ou mieux Tata, hop, elle partait dans une nouvelle famille et le cycle infernal recommençait. Pourtant une fois, une fois seulement une tata avait laissé échapper une phrase : » je ne comprends pas pourquoi cette petite n’est pas adoptable. Nous pourrions la garder au moins elle retrouverait le sourire ».

Elle avait quinze ans et dans sa tête l’idée germa ; peut-être pouvait-elle retrouver ses origines. Elle s’inscrivit dans les clubs de généalogie, fit les démarches dans les services sociaux mais on lui opposa un refus. Elle était mineure ! Finalement se disait-elle, est-ce que j’existe pour quelqu’un, ne suis – je qu’un dossier avec un numéro rouge de non adoptable ! Si je retrouve ma mère comment l’aborder ? comment la recevra-t-elle ?

Toutes les recherches entreprises à sa majorité aboutirent enfin ! Il lui a fallu dix ans ! Plus encore deux avant d’oser prendre contact.

Aujourd’hui c’est le grand jour ; elle a pris ce train, encore deux heures de voyage à ruminer sa peur, passant de la phase euphorique, à la phase dépressive. Pourtant, cette femme avait accepté la rencontre. Et si elle n’était pas là. Le train ralentit puis s’arrêta. Elle scrute à travers ses larmes ce quai tout enveloppé de nuit au bout duquel une silhouette se détache.

Mil et une la suite – sujet 79 – filtre

Miletune

Une tasse
Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une tasse
du café, du thé, du chocolat ?
On y voit des couleurs irisées
On y voit des fleurs des champs
Les êtres aimés ou détesté
Une tasse
Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une tasse
Quand elle est toute chaude
On y voit mille soleils, des oiseaux bleus
On y voit des éclairs quand nos yeux papillottent encore
Quand les robes volent sous la brise
On y voit les enfants se préparent pour l’école
Pas encore des bruits incongrus de voiture
Les colères pas encore apaisées
Une tasse
Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une tasse
quand le filtre a disparu
Plus rien parce qu’elle but
Et bonsoir !

Mil et une la suite – sujet 78 – Héritage

Miletune

« Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail.« Je délaissais ce livre qui m’assommait un peu ce soir… Encore une histoire sans intérêt ! J’avais la tête ailleurs.

Je n’étais pas revenue dans l’appartement parisien depuis que j’avais épousé Laurent ; Je préférais la maison du bord de Saône où nous nous retrouvions tous en famille… quinze ans déjà ! Les expositions m’avaient pris tant de temps. Dernièrement encore j’avais découvert Sally  Storch que j’avais confondue – mea culpa- avec Edward Hopper. J’avais décidé d’organiser  une expo dans ma galerie.  J’avais consommé tant d’énergie et j’avais presque terminé quand le coup de téléphone m’annonçant l’accident de voiture de mes parents m’avait anéantie. Après la cérémonie et le contrecoup de ces décès brutaux, j’avais usé mes dernières forces pour le vernissage d’un autre jeune peintre moderne talentueux et mis la dernière main pour l’expo de Sally. Puis je laissais la gestion de la galerie à mon associée. Il fallait régler les problèmes de succession. Heureusement nous étions d’accord, ma sœur et mon frère donc cela se passait bien. Nous devions nous  retrouver dans l’appartement rue Raspail. J’étais arrivée ce matin et ce soir derrière les rideaux les souvenirs affluaient. La petite boulangerie en bas avait « grossi », la fleuriste avait fermé ses portes et laissé la place à un petit super marché, et l’ancienne  bijouterie miteuse autrefois  au coin de la rue arborait des vitrines rutilantes et occupait double de surface.  Je me revis courant  avec ma baguette de pain, jouant avec un chien errant quand je rentrais de l’école ; on aurait qu’il m’attendait  mais maman avait dit pas d’animaux à la maison ! Seul le grand immeuble n’avait pas changé. Imposante bâtisse, je regardais les lumières qui brillaient ça et là yeux enfoncés dans les murs de brique brunes. Un peu plus loin, une affiche, le visage d’un homme beau comme un dieu grec vantait les mérites d’un parfum masculin. C’est alors que Laurent s’était approché sans bruit , il suivit  mon regard brillant  et sans crier gare

« Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il »