Mil et une la suite – sujet 58 – La vieille cabine

Miletune

Le mot facultatif :  martien

La vieille cabine

Ah te voilà toi la cabine prodigue !

Tu t’imaginais quoi ? Que la vie ailleurs était meilleure. Que les gens pressés allaient bondir dans ton espace pour prendre un combiné téléphonique ? Non mais tu as rêvé ! Franchement tu pensais que, engoncés dans ce coin presque insalubre, rempli de graffitis et d’odeurs corporelles identifiables ou non, les téléphoneurs allaient te faire la fête comme un chien remue la queue de bonheur. Si on t’a virée du square c’est parce que tu ne servais plus à rien. Chacun s’amuse maintenant avec un nouveau doudou, un petit tout petit boitier coloré que l’on glisse dans la poche arrière du pantalon.  Oui je suis d’accord avec toi ce n’est pas la meilleure place ; inévitablement il sera perdu ou pire piqué par un malandrin. Tu ne sais pas ce que c’est ? Si bien sûr un machin pendu, que dis-je pendu, scotché, sécotiné, agrafé à la main de l’humain.

Alors tu as beau te faire belle, revenir repeinte à neuf avec ton rouge coquelicot cliquant rutilant.  Tu ne fais pas le poids. Tu as mis des fleurs, des branches, de la ferraille dans ton cockpit et même pour faire bien une espèce d’antenne sur ton toit de plexis glace pour tenter t’attirer le chaland et qu’il vienne piloter cet engin ! Tu crois que les humains ne vont pas se rendre compte que tu n’es ni une soucoupe volante ni un extraterrestre martien ou vénusien ou même jupitérien.

Allez va personne ne va te faire la fête ! Tu es finie n i n i et rien ne recommencera. Tu n’es pas la cabine prodigue. T’installer au bord de la plage ou près du ponton d’amarrage, tu n’as plus la cote.

Un conseil va à affaire conclue, il y aura peut-être des malades qui auront quelques thunes à miser sur ton anatomie pour te recycler en débit de boissons sucrées…

Allez va sans rancune ma vieille !

La Licorne – 86 – La passagère du silence

Filigrane

C’est toujours un crève-cœur lorsque l’on découvre que son enfant, celui que l’on chérit de toute son âme n’est pas tout à fait comme les autres. Quand il naît, il est parfait et le restera malgré un handicap. Milly est une jolie petite fille aux cheveux de miel aux yeux pétillants de malice et de bonheur mais voilà elle n’entend pas. Ses oreilles restent insensibles au moindre son. Alors que faire de cette gamine ? Sa mère la rejette ! On ne fera rien avec elle. Je voulais qu’elle apprenne le piano ou le violon mais là c’est un désespoir. Son père lui garde son amour et est pourtant incapable de s’en occuper. Aucune démarche ne sera faite pour que Milly puisse se développer harmonieusement. Très vite elle est confiée à Nounou qui apprend à communiquer avec elle. Sa mère, elle ne la verra pratiquement plus juste une carte postale de temps en temps.

    Pourtant Milly a un secret. Elle lit, elle dessine et adore « faire de la peinture ». C’est avoir bonheur que Nounou lui installe un chevalet dans un coin de sa cuisine. Chaque jour Milly, sur la pointe des pieds se cramponne à son pinceau et fait naître des volutes, des arabesques puis à force travail car c’est du travail, elle réalise des petites fresques sur des grandes feuilles de papier, un peu à la manière du Douanier Rousseau ; Nounou lui a montré des albums de peinture.

    Elle ira aux Beaux-Arts, deviendra un très grand peintre connu et reconnu. Sa surdité ? Elle en a fait un atout. Tout dans son œuvre respire la paix et le silence, des couleurs douces aux coups de pinceau légers, effleurant la toile. Elle sera surnommée plus tard la « passagère du silence » !

Le goût des autres – devoir 170 – chaleur

Le Goût des autres

Mes divagations spirituelles ( bien modestes)

Je ne sais ni comment je vis ni encore moins comment je survis. Peut-être parce que je vis dans un coin perdu de nature où les forêts domaniales sont encore très importantes. Le fait est que la canicule telle que les médias nous l’imposent n’est pas arrivée jusque dans mon jardin. Oh la la je vous entends quelle veine cette Lilou encore inconnue qui vient donner un coup de pied dans une fourmilière installée depuis bien longtemps dans la blogo.

Rassurez-vous comme tout un chacun, je souffre de la chaleur et que loin de me liquéfier, je me dessèche car mon eau, je la perds tant et plus. Alors je m’installe un petit ventilo qui se branche sur mon ordi un autre près de mon fauteuil préféré, car lorsque je regarde la télé, et oui, il arrive que quelque programme présente un intérêt, faible, je l’accorde ou bien un petit polar pour lequel le coupable se découvre immédiatement, l’émotion monte et là je me remets à perdre mon eau. Mieux encore, je me mets en mode « grotte » tout fermer : cependant ce n’est pas le top ; l’hiver on ferme pour le froid et l’été pour la chaleur. J’ai l’impression d’hiberner tout l’année. Quand vais-je respirer normalement ?   Et là je m’interroge, comment Pithécanthrope, Neandertal et autres homos de tous poils supportaient-ils les intempéries ?Ont-ils pensé que nous les Homos sapiens « développés et évolués, enveloppés de leurs connaissances » souffriraient d’un tel changement climatique eux qui sortaient de la période glaciaire. Comment je suis dans l’anachronie et dans l’uchronie tant pis. Je vais de ce pas quitter ce vêtement qui me tient trop chaud et me balader toute nue…

Tintin dans tout cela ? je n’aime pas la BD mais je me souviens d’avoir feuilleté cet album où le Haddock souffrant d’hallucination étranglait ce pauvre Tintin voulant faire sauter le bouchon d’une bouteille de champagne.

Mil et une la suite – sujet 57

Miletune

Le mot facultatif :  addiction

Je vole

Je ne pourrai dire que l’image provoque une forte inspiration mais j’avoue que flotter au-dessus de nuage et voir la France d’en haut confère une sensation de puissance. Pour avoir pris l’avion souvent, les premières minutes de vol sont plaisantes. Je laisse mon esprit divaguer entre ce que je quitte et ce que je vais découvrir. Ces nuages qui moutonnent que je vois en général dans l’autre sens me laissent imaginer des formes bizarres, j’imagine comme tous les gamins des animaux préhistoriques ou familiers ; tiens ici à droite un poisson ! Lequel je ne sais mais il avance en même temps que moi. Et un poisson au-dessus des villages qui rapetissent au fur et mesure que l’avion prend de l’altitude, ce n’est pas banal. Alors je me laisse emporter en rêvant à la liberté des oiseaux.

Le goût des autres – devoir 169 – automne

la consigne est là

Vous me pardonnerez cher Goût des autres ce petit tour de passe-passe mais j’aime beaucoup de poème et l’envie partager ce poème.

Roses d’automne

Aux branches que l’air rouille et que le gel mordore,
Comme par un prodige inouï du soleil,
Avec plus de langueur et plus de charme encore,
Les roses du parterre ouvrent leur coeur vermeil.

Dans sa corbeille d’or, août cueillit les dernières :
Les pétales de pourpre ont jonché le gazon.
Mais voici que, soudain, les touffes printanières
Embaument les matins de l’arrière-saison.

Les bosquets sont ravis, le ciel même s’étonne
De voir, sur le rosier qui ne veut pas mourir,
Malgré le vent, la pluie et le givre d’automne,
Les boutons, tout gonflés d’un sang rouge, fleurir.

En ces fleurs que le soir mélancolique étale,
C’est l’âme des printemps fanés qui, pour un jour,
Remonte, et de corolle en corolle s’exhale,
Comme soupirs de rêve et sourires d’amour.

Tardives floraisons du jardin qui décline,
Vous avez la douceur exquise et le parfum
Des anciens souvenirs, si doux, malgré l’épine
De l’illusion morte et du bonheur défunt.

Nérée Beauchemin

Le goût des autres – devoir 157 – Un petit coin de paradis

Lakévio du Goût la consigne est là

Je me baladais sur l’avenue le cœur ouvert à l’inconnu quand soudain la pluie d’avril se mit à ruisseler. Il tombait des hallebardes et mon cœur fit le rabat-joie. Les parapluies se mirent à fleurir ; en cette saison il faut être prévoyant. D’ailleurs j’avais un petit modèle pliant dans ma besace. Mes mocassins en cuir furent vite détrempés mais je n’en eus cure car une belle inconnue se dépêchait sous les gouttes larges qui s’accrochaient à son pantalon noir. Les épaules nues son ticheurte trempé collait à sa poitrine, elle allait sous des bannières rouges, étoilées et qui annonçait une visite quelconque.

N’oubliez pas que je suis chanteur et aussitôt il me vint « un petit coin de parapluie pour un coin de paradis me vint à l’esprit (normal après le cœur). Aussitôt la rue, les passants, les chiens les trottoirs mouillés et même l’Arc de triomphe s’effacèrent. Il n’y avait plus que nous ! Mais voilà les pluies d’avril sont capricieuses ; l’averse ne fit qu’un  déjeuner de soleil  dès la rue traversée. il se joua de nous et reparut laissant la belle inconnue partir vers son destin. Dommage elle avait quelque chose d’un ange.

Mil et une – la suite – sujet 38- le chêne et le roseau

Miletune

Il était une fois un chêne plus que centenaire. Devant lui, au bord d’une rivière, une touffe de roseaux vibrait au moindre zéphyr oui pliait sous l’Aquilon, selon l’humeur du temps. Au beau milieu, un phragmite australis, dominait cette troupe et riait à gorge déployée en observant les aléas de la vie de cet arbre. Il chantonnait souvent :

Si six scies scient six citrons, six cent six scies scieront six cent six citrons. Et tous les autres applaudissaient.

Le chêne, lui portait beau. Solidement enraciné, il n’avait que faire de ce chant qu’il considérait comme une révolte contre le sort réservé aux roseaux. Son tronc sculpté par les intempéries et les affres des années, était décoré de petits champignons comme des robes de danseuses espagnoles. Fort et sûr de lui, rien ne pouvait arriver. Inutile de dire qu’il était vexé comme un pou quand il entendait ces ritournelles virelangues de six, scie et citrons.

Mais un jour, des hommes au nombre de six, arrivèrent de la ville. Comme toujours cinq discutaient paroles et paroles et encore conciliabules et simagrées  à n’en plus finir pendant que le sixième un pot de peinture à la main, inscrivait  sur le tronc du chêne  en chiffres rouge orangé  7 0 6 .

Saligaud ! s’affola le chêne me voilà marqué au fer rouge toutes ses feuilles tremblant d’angoisse. Je vais être coupé, transformé en planches rabotées à la fibre près ; on fabriquera des lits que des amants fracasseront ou des tables que les convives souilleront à l’envi. Je suis humilié et détruit à jamais. Triste fin programmée pour le 7- 6, soit le 7 juin.

Et c’est alors qu’une mélodie s’éleva. Le phragmite fredonnait :

Si sept scies scient six citrons, sept cent six scies scieront sept cent six citrons donc ton tronc sera scié.

Mil et une – la suite – sujet 37 – comme sur des roulettes

Miletune

Zélie se retourna d’un pas vif, rejoignit sa voiture et rentra à la maison. Maintenant, elle trempait dans un bain moussant et parfumé pour se débarrasser de la poussière, souvenir de de ce crétin de José qui lui courait derrière depuis si longtemps. Bouché comme il était, il n’avait pas compris qu’il ne souffrait pas la comparaison avec Brad Pitt !

José! Enfin elle pouvait respirer !  Son plan avait fonctionné comme sur des roulettes. Elle chantonnait en faisant des bulles.

Zélie avait donné rendez-vous à José qui, heureux comme un chat devant une jatte de crème n’avait pas couru mais volé à l’endroit indiqué pensant enfin biquer la belle Zélie

Maligne elle avait choisi le haut du petit pont de bois (celui qui ne tenait plus guère que par un beau mystère et deux piquets tout droit). Elle savait par expérience que la barrière était très justement branlante. Elle avait amené José au point de rupture de la barrière. Elle s’était précipitée pour l’embrasser fougueusement. Bien sûr, il ne résista pas à cet assaut aussi inattendu que violent et s’appuyant sur la barrière pour accueillir sur son torse puissant et racé, il leva les bras aussi musclés que ceux d’un rugbyman fatigué… et crac, la barrière céda, et le beau José chut dans le petit torrent bouillonnant autour des rochers. José battit des bras mais s’enfonça dans l’eau glissa sur les pierres et disparut.

Elle sursauta quand, à la porte on sonna de manière intempestive !

Mil et une – la suite – sujet 33

Miletune

Le corbeau et le renard

Maître corbeau sur un fil perché…

Non un corbeau ne se perche pas sur un fil ; sur un arbre, grosse maligne. Si tu veux que vienne le renard, il faut un chêne ou un platane… Donc reprend ta fable si tu veux parodier !

Maître moineau sur un arbre perché…

Alors mais tu le fais exprès ma pauvre fille, un moineau tu ne le vois pas et là encore le renard ne va pas pouvoir lui piquer son calendos ! Tu reprends encore une fois !

Maître merle sur un fil perché attendait le renard. Celui-ci comme dans la fable guettait la proie du merle mais on n’a jamais vu un merle voler un maroilles.

Recommence encore une fois

Un merle perché sur des fils de téléphone regardait un renard affamé le narguer. Se croyant plus rusé que le renard, le merle d’un seul coup s’envola et le fit si bas que d’un seul coup de dans le renard le dévora. Trop tard pas besoin de docteur !

On ne vit plus sur l’image que la silhouette noire d’un oiseau au milieu d’un rouge sang.

Moralité, il n’y en a pas je ne suis pas La Fontaine.

Le goût des autres – devoir 153 –

Chez Lakévio la consigne est là

Un étrange parfum

Ce matin-là, elle avait décidé d’aller sur le terrain visiter  une construction ancienne « à retaper » qu’un ami agent immobilier lui avait indiquée. Elle, la restauration de vieux machins c’était son truc, son job. Le coin lui sembla familier ; quelques images floues sortirent de sa mémoire. Elle ferma les yeux pour laisser ses souvenirs l’envahir ; la magie fit le reste.

Flash bac

Elle a quatre ans, elle revoit cette grande maison cossue, presque carrée, un toit à quatre pentes et ses fenêtres rondes en œil de bœuf. Elle revoit les volets de bois peints en vert jade et la porte d’entrée aux montants en chêne vernis. Elle revoit le rosier grimpant croulant sous les abondantes inflorescences qui dispensent un parfum puissant, subtil mélange entêtant de rose de Damas et de pointe citronnée, le long de la barrière le lilas sauvage dont les épis mauves se délitent au gré du vent…

Derrière ses paupières closes une petite fille court en riant aux éclats, sans chaussures ni chaussettes dans la pelouse dont les brins d’herbe lui gratouillent et lui chatouillent la plante de ses pieds nus. Elle se dirige vers la silhouette accroupie près du mur en pisé derrière la maison. Un chapeau de paille sur la tête, il « grabote » son potager avec tant de soin. Elle se souvient de son « parrain » qui explique si bien les secrets de la nature.

Les larmes lui vinrent aux yeux. Pourtant elle n’était pas d’une nature nostalgique. Le passé ne l’intéressait pas. De passé, elle en a si peu. Abandonnée à la naissance, elle avait grandi d’abord dans les pouponnières de la DASS. Elle était un dossier sur lequel un tampon rouge s’étalait en gras « non adoptable ». Les rouages administratifs, elle ne les connaissait pas. Tout ce qu’elle savait c’est que pour elle, foyers et famille d’accueil s’étaient succédé. Ses paupières se referment ; Julie. Elle s’appelle Julie, ce prénom, une carte dans le couffin l’indiquait. C’était une gamine adorable, le genre auquel on s’attachait facilement si bien qu’on la changeait de famille de temps en temps de peur que l’affection que les accueillants lui portait ne soit nocive. Intelligente et douée, elle comprit très tôt que c’est en travaillant à l’école qu’elle arriverait à être quelqu’un. Puisqu’elle n’avait pas d’identité, elle devait se la forger.

Julie ne reconnut que les quatre murs tagués, des ados avaient laissé leurs marques de passage ou encore des jeunes amoureux des cœurs avec l’inscription « A jamais ».  Le parquet la fit sourire, sale, elle imaginait « les raboteurs de parquet de Gustave Caillebotte ». Les fenêtres avaient été aveuglée, bouchées comme pour dire « je suis morte » ! Et pourtant

Dans cette maison, une demi-douzaine de gamins orphelins ou pensionnaires vivaient là, souvent de passage. Il y avait plein de vie ici, des cris joyeux résonnaient dans la grande salle. Elle était restée un an ou deux, elle ne sait plus ; puis… Son destin était ailleurs. Julie respira à plein poumons… Un étrange parfum flottait dans les couloirs de cette bâtisse à l’abandon. Du moins c’est ce qu’elle crut. Dès qu’elle eut mis les pieds dans l’entrée, une sensation oppressante la saisit. Ce parfum elle l’identifia sans hésitation ; un mélange de chocolat, d’eau de javel, de crésyl et aussi oui, mais oui de lilas. Unique… et si c’était à vendre et bien pourquoi pas !